<XXXV>

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR.

Il existe cinq éditions différentes des Mémoires de Brandebourg. La rédaction primitive des parties que l'Auteur avait achevées, se trouve dans l'Histoire de l'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres, année 1746, Berlin, 1748, p. 339—377, et dans les volumes suivants. Pendant le séjour de Voltaire à Potsdam, le Roi lui soumit cet ouvrage, et mit à profit quelques-unes de ses remarques marginales relatives au style et aux faits historiques. Ce fut là l'origine de l'édition publiée à Berlin en 1751 par le libraire Néaulme, avec privilége du Roi, et de l'édition de luxe de la même année, qui indique comme lieu d'impression le Donjon du Chàteau, ainsi que de l'édition publiée chez Voss à Berlin en 1767, également in-4, avec les gravures de l'édition de luxe. Le titre de cette dernière porte avec raison « d'après l'original, » c'est-à-dire d'après l'édition du Donjon du Château. Dans celle de 1789 (Œuvres de Frédéric II, publiées du vivant de l'Auteur, t. Ier), on a changé arbitrairement des termes et même des phrases entières; de plus, on a fait des omissions et des additions sans obtenir d'amélioration réelle.

Nous reproduisons l'édition de 1767, la dernière qui ait été faite sous les yeux de l'Auteur, avec quelques restitutions qui nous ont paru nécessaires. L'édition de luxe de 1751 nous a fourni, à la page 150 de notre édition, « Prussiens et un bataillon, » et, à la page 258, « établirent des fabriques de draps, de serges, » mots<XXXVI> omis dans celle de 1767. Quant au dernier alinéa de la dissertation Du Gouvernement, à la page 464 de l'édition du Donjon du Château : « Tant d'ordre dans les affaires, une bonne économie et des augmentations de finances considérables etc., » l'Auteur l'a retranché à dessein en 1767, parce qu'il avait énoncé la même pensée dans la vie de Frédéric-Guillaume, son père, à la page 201 de notre édition.

Le quatrième alinéa de la page 212, « Après la mort de Frédéric-Guillaume, etc., » est inexact dans toutes les éditions : nous l'avons rectifié d'après le manuscrit original.

Là où les deux éditions originales, ainsi que le manuscrit autographe, avaient la même leçon, nous nous sommes tenu au texte, bien que mainte expression ne nous parût pas entièrement exacte; par exemple, à la page 22, les Institutions de Calvin, au lieu de l'Institution (de la religion chrétienne); p. 67, la Haute-Pologne, pour la Grande ou Basse-Pologne; p. 102, piété, au lieu de pitié; p. 141, à la place de répudia il faudrait un terme plus juste; et à la page 232 où l'on lit ultramontains, il faudrait plutôt cismontains, si ce mot était en usage.

Nous ne nous sommes permis aucun changement, nous bornant à rectifier l'orthographe des noms de lieux et de personnes. Mais comme il est aisé de reconnaître dans ces Mémoires les marques d'une compilation, et que le Roi s'est servi, pour les composer, de matériaux empruntés à un grand nombre d'ouvrages d'une valeur historique très-diverse, nous avons cru devoir nous livrer à la recherche la plus consciencieuse de ces mêmes sources, tant imprimées que manuscrites, afin d'arriver à l'intelligence des passages que le Roi en a tirés, et qu'il a reproduits d'une manière souvent peu exacte, ou même en y laissant des lacunes. L'une des principales sources consultées par le Roi pour les Mémoires de Brandebourg, est l'Enchaînure chronologique de l'Histoire de Brandebourg, manuscrit dont nous faisons quelquefois mention dans les notes. Elle a été composée au printemps de l'année 1747, pour l'usage particulier du Roi, par le recteur Jean-Godefroi Küster, et traduite en français, à ce que nous présumons, parle baron de Bielfeld, qui, comme on sait, était en relations littéraires très-intimes avec Frédéric le Grand. Outre l'exemplaire original de ce manuscrit qui se trouve à la Bibliothèque royale de Berlin, nous en connaissons deux copies : l'une appartenant aux archives royales du Cabinet, et provenant de l'héritage de Son Altesse Royale le prince Auguste-Ferdinand de Prusse, l'autre conservée dans la famille de feu M. le recteur Küster.

<XXXVII>Ce premier volume contient, en raison des faits énoncés ci-dessus, un plus grand nombre de notes qu'aucun des suivants; elles ont été jugées nécessaires, soit pour donner des éclaircissements, soit pour rectifier quelques passages. Nous avons indiqué ces notes par des lettrines, afin de les distinguer de celles du Roi, pour lesquelles nous avons employé des chiffres en continuité. Les corrections historiques aux notes de l'Auteur même, y sont annexées entre parenthèses.

Pour la commodité du lecteur, nous avons placé au haut de chaque page un titre particulier.

Le Roi a donné lui-même quelques indications sur les diverses époques de ses rédactions : dans la Première partie de l'Histoire de Brandebourg, écrite de sa main, et dont le manuscrit est conservé dans les archives royales du Cabinet (Caisse 365, lettre A), on trouve, à la fin du règne de son père, son nom et la date du 24 août 1747. La dissertation Des Mœurs fut achevée le 11 février 1748; le manuscrit de ce morceau académique, corrigé et transcrit, fut signé le 6 mars de la même année. Nous savons d'ailleurs que le conseiller Darget fit lecture de cette histoire de Brandebourg dans les séances publiques de l'Académie des Sciences, devant les princes et princesses de la maison royale et les plus hauts fonctionnaires de l'Etat. Le commencement, jusqu'à l'année 1640, fut lu le 1er juin 1747; la biographie du Grand Électeur, le 25 janvier 1748; celle du roi Frédéric Ier, le 30 mai 1748; le Mémoire de la Superstition et de la Religion, le 23 janvier 1749; et la dissertation intitulée Des Mœurs, le 3 juillet 1749. Le récit de la vie du Grand Électeur parut pour la première fois en 1749, dans l'Histoire de l'Académie, où, un an après, fut aussi insérée l'histoire du roi Frédéric Ier, avec les dissertations Des Mœurs et De la Superstition et de la Religion. L'édition complète, in-4, avec privilége du Roi, publiée à Berlin en 1751 par le libraire Néaulme, fut encore augmentée de la dissertation Du Gouvernement ancien et moderne. Enfin l'édition de luxe, exécutée la même année au Donjon du Château, avec une Epître dédicatoire Au Prince de Prusse, et destinée seulement aux amis de l'Auteur, comprit toutes les parties, séparées jusqu'alors, des Mémoires de Brandebourg; elle offrit de même, pour la première fois, la vie de Frédéric-Guillaume Ier, et le traité Du Militaire. L'Avant-propos de 1748 se trouve déjà dans l'Histoire de l'Académie royale, mentionnée plus haut. Le Discours préliminaire parut pour la première fois dans l'édition publiée chez Néaulme en 1751.

<XXXVIII>Dans le manuscrit original, l'ouvrage a pour titre Première partie de l'Histoire de Brandebourg, parce que le Roi avait nommé Seconde et troisième partie de l'Histoire de Brandebourg l'ouvrage qu'il intitula plus tard, en le refondant, Histoire de mon temps. L'Histoire de l'Académie royale (p. 337 et 339) le désigne sous le nom de Mémoires pour servir à l'Histoire de Brandebourg. Dans l'édition de Néaulme, et dans l'édition de luxe faite au Donjon du Château en 1751, il a également le titre de Mémoires pour servir à l'Histoire de la maison de Brandebourg.

Berlin, ce 5 novembre 1845.

J.-D.-E. PREUSS,
Historiographe de Brandebourg.