<205>Vous, rapides vainqueurs, vous, braves janissaires,
Accourez, combattez, frappez nos adversaires,
Aux champs de la victoire allez vous signaler.
Vos pâles ennemis commencent à trembler;
Puissent-ils à vos pieds expier leurs parjures!
Puisse notre triomphe effacer nos injures!
Puisse un noble dessein, d'un bon succès suivi,
Rendre aux lois du croissant le Danube asservi!
Accourez immoler d'une main enhardie
Les crimes de l'Europe aux vertus de l'Asie.
De ces climats lointains va sortir le vengeur,
De la Prusse aux abois heureux libérateur;
Le trône des sultans, aux ennemis terrible,
A produit un héros dont le cœur est sensible.a
Digne de ses aïeux et du sang ottoman,
Je vois revivre en lui l'esprit de Soliman;
Il va, noble héritier de ce puissant génie,
D'un innombrable camp couvrir la Pannonie,
Et du Nord consterné presser en même temps
Des bords du Tanaïs les cruels habitants.
Mais vers ces grands travaux qu'il est près d'entreprendre,
Ces combats que pour nous son courage va rendre,
N'est-ce que l'amitié qui dirige ses pas?
Comment peut-on s'aimer, ne se connaissant pas?
Scrutateurs indiscrets d'une vertu bornée,
Respectons d'un héros la course fortunée,
Dont les secours réels, donnés comme promis,
Traverseront les vœux de tous nos ennemis.
Si d'un œil pénétrant il a prévu les suites


a Mustapha III, qui régna de 1757 à 1774. Voyez t. IV, p. 207 et 208 : t. V, p. 121, 169 et 170; et t. VI, p. 70.