<260>Il faut voir refleurir l'olive de la paix;
Les Muses, on le sait, redoutent les alarmes,
Leur chaste troupe fuit le tumulte des armes.
Si leur temple s'entr'ouvre au désir des héros,
C'est dans des jours sereins, à l'ombre du repos;
Mais dans des champs sanglants, parmi la barbarie,
Mars même irait en vain courtiser Uranie.
Nos yeux ne sont frappés que d'objets inhumains,
Détestables effets des troubles des Germains,
Fruits de l'ambition et des haines des princes,
Qui, pensant conquérir, désolent les provinces.
L'Europe tout en feu va se bouleverser;
Parmi ces chocs affreux comment peut-on penser?
De tant d'événements le cours prompt et rapide
M'entraîne vers Bellone, en m'éloignant d'Euclide;
Dans l'agitation de ce flux et reflux,
Il faut rendre le calme à mes sens éperdus.
Vous direz, rappelant un exemple à votre aide,
Qu'on vit à Syracuse un certain Archimède,
Tandis que Métellusa et la fleur des Romains
Sur ces murs écroulés se frayaient des chemins,
Qui, demeurant tranquille et maître de lui-même,
Au fond de son jardin résolvait un problème.
J'estimerais bien plus ce sage indifférent,
Si, chargé de la ville et du commandement,
Accablé de travaux, rempli d'inquiétudes,
Il eût, malgré ces soins, pu suivre ses études.
Moi, dont l'esprit pesant et peu développé
Par un objet unique est longtemps occupé,
Il faut, pour qu'en détail ma raison le digère,


a Marcellus. Voyez t. X, p. 71 et 290.