<75> Comme je ne saurais voyager, j'espère qu'il se rendra ici. Je partirai jeudi pour Hamm. J'irai lentement, si la fièvre ne me quitte; mais si je m'en défais, j'arriverai plus promptement. Adieu, cher Jordan,

Que le ciel veuille préserver
De malheur et de maladie,
Pour qu'on puisse le retrouver
Gai, content et rempli de vie!

17. AU MÊME

La fièvre et moi, nous voyageons ensemble;
Nous avons fait grande amitié, dit-on.
De son côté je le crois, ce me semble,
Mais quant au mien, je vous jure que non.
Si c'est payer de trop d'indifférence
L'excès fâcheux de sa fidélité,
Je fais aveu qu'avec peu de bonté
J'ai soutenu sa barbare souffrance.
Telle en hymen l'assommante constance
N'est dans le fond qu'une importunité
Quand par malheur l'une ou l'autre partie
Contre son goût se voit mal assortie,
Et que l'amour, distrait de son côté,
N'a pas ces nœuds lui-même cimenté
Par des désirs d'égale pétulance.
Écoute, ami, voici la différence
De ces tableaux si conformes de traits :
D'avec la fièvre un docteur nous sépare,
Mais de l'hymen, une loi plus barbare
Veut que ce soit en révérend congrès
Qu'on examine une si triste histoire,