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138. AU COMTE ALGAROTTI.

Potsdam, 1er juin 1764.

J'ai jugé de l'état de votre santé par la lettre que vous m'avez écrite. Cette main tremblante m'a surpris, et m'a fait une peine infinie. Puissiez-vous vous remettre bientôt! Avec quel plaisir j'apprendrais cette bonne nouvelle! Quoique les médecins de ce pays n'en sachent pas plus long que les vôtres pour prolonger la vie des hommes, un de nos esculapes vient cependant de guérir un étique attaqué des poumons bien plus violemment que ne l'était Maupertuis lorsque vous l'avez vu ici. Vous me ferez plaisir de m'envoyer votre statum morbi pour voir si la consultation de ce médecin ne pourrait pas vous être de quelque secours. Je compterais pour un des moments les plus agréables de ma vie celui où je pourrais vous procurer le rétablissement de votre santé. Je désire de tout mon cœur qu'elle soit bientôt assez forte pour que vous puissiez revenir dans ce pays-ci. Je vous montrerai alors une collection que j'ai faite de tableaux de vos compatriotes. Je dis à leur égard et à celui des peintres français ce que Boileau disait des poëtes :

Jeune, j'aimais Ovide; vieux, j'estime Virgile.a


a Ce vers défectueux ne se trouve pas plus dans Boileau que celui que Frédéric cite dans sa lettre à Voltaire, du 17 juin 1738 :
     Jeune, j'aimais Ovide; à présent, c'est Horace,et qu'il attribue au même poëte (Œuvres posthumes, t. VIII, p. 371). Dans sa lettre à Maurice de Saxe, du 3 novembre 1746, Frédéric dit : « A vingt ans, Boileau estimait Voiture; à trente ans, il lui préférait Horace. » Peut-être Frédéric a-t-il imité, dans toutes ces citations, quelque vers français, soit de Boileau lui-même, soit de La Fontaine, soit de quelque autre poëte que nous ne pouvons indiquer.