42. L'ÉLECTRICE DOUAIRIÈRE ANTONIE DE SAXE AU BARON DE PÖLLNITZ.

Dresde, 21 avril 1770.

Je suis sensible, mon cher baron, à l'attention que vous avez de me faire compliment sur les fêtes de Pâques. Cette époque ne m'est point indifférente; elle remettra ma santé, qui se ressent du carême. Je commence à faire usage de mes mains, qu'un accès de goutte avait mises en interdit. Mais je ne m'en plains point, puisqu'elle n'a pas même épargné un monarque qui consacre tous ses moments au bonheur du genre humain. J'espère que l'approche de la belle saison et le délicieux séjour de Sans-Souci achèveront de fortifier une si précieuse santé. Je pense de remettre la mienne à Pillnitz, où nous allons nous établir. Mon voyage de Bavière est renvoyé jusqu'à l'année prochaine; je vous en avertis, mon cher baron, vous l'ayant promis. De toutes les nouvelles que vous me donnez, celle que mesdames les princesses de Prusse et Ferdinand avancent heureusement dans leurs grossesses me fait le plus de plaisir. J'en partage bien sincèrement la joie avec votre auguste maître. S'il ne vous faut plus que des marraines, vous sentez bien qu'il n'y a personne au monde qui ne se tiendrait honoré d'une fonction si agréable, et, au cas que le choix en tombât sur moi, j'en accepterais assurément la proposition avec bien<113> de la reconnaissance. Cela me rapprocherait de la plus chère espérance de revoir ce héros philosophe qui fait constamment l'objet de ma plus haute admiration. Vous n'y perdriez rien, mon cher baron; je serais plus à même de vous convaincre de l'estime avec laquelle je suis invariablement

Votre bien affectionnée
Marie-Antonie.