<121> Cette clause, toute légère qu'elle était en effet, fut cause que ce fameux congrès ne s'assembla jamais.

Dans ce temps, l'Angleterre perdit le roi George II; il termina son règne glorieux par une mort douce et prompte. Il eut, avant sa fin, la satisfaction d'apprendre la prise de Montréal, par où les Anglais achevèrent la conquête du Canada. Ce prince, entre autres bonnes qualités, avait une fermeté héroïque, qui faisait que ses alliés pouvaient prendre une confiance entière en sa personne. Son petit-fils lui succéda; il était à peine majeur; c'est celui qui règne à présent sous le nom de George III.

La négociation qui se continuait à Constantinople de la part de la Prusse, et dont il a été tant fait mention dans cet ouvrage, commençait alors à prendre une espèce de consistance. Le 2 d'avril, le ministre prussien signa un traité d'amitiéb avec le grand vizir, et il fut admis à son audience publique. On s'était réservé des deux parts la faculté de resserrer cette union, et de la convertir en alliance défensive. Quelque peu de réalité qu'il y eût à ce traité, il ne laissait pas de causer des inquiétudes à la cour de Vienne, et même à la Russie. On soupçonnait que l'engagement que les deux puissances venaient de contracter, était plus étroit qu'il n'était annoncé. Cependant, comme les troupes ottomanes ne faisaient aucun mouvement, l'Impératrice-Reine se crut, pour cette campagne, à l'abri de toute diversion.

Outre ces grandes négociations, il s'en tramait bien des sourdes. Comme il n'est point de ville imprenable où l'on ne puisse introduire un mulet chargé d'or, il n'est guère d'armée où l'on ne trouve d'âme lâche et vénale. Dans cette crise des affaires, il était important d'avoir


b Le traité qui fut conclu avec la Porte ottomane, et que Godefroi-Fabien de Rexin, envoyé de Prusse à Constantinople, signa le 22 mars 1761 (2 avril, nouveau style), fut ratifié par le Roi le 1er juin. Il se trouve, sous sa forme authentique, dans le Recueil des déductions, etc. du comte de Hertzberg, 2e édition. A Berlin, 1790, t. I, p. 486—493; il est omis dans la première édition de cet ouvrage.