<202>seulement :40 en 1278, l'archevêque Günther de Magdebourg fit la guerre à l'électeur Othon, surnommé le Sagittaire, le fit prisonnier, et l'obligea de se rançonner moyennant une somme de sept mille marcs d'argent; en 1391, l'archevêque Albert, qui était toujours armé, se saisit du sieur de Bredow, qui était gouverneur général de la Marche, prit la ville de Rathenow, et pénétra le long de la Havel, le flambeau dans une main et l'épée dans l'autre, et désola ainsi tout le pays.

L'ignorance crasse où vivaient ces peuples pendant le XIIIe siècle, était un terrain où la superstition devait fructifier : aussi ne manqua-t-on pas de miracles, ni d'aucune supercherie capable d'affermir l'autorité des prêtres. Lockelius raconte gravement que le prince Othon, ayant été excommunié par l'archevêque de Magdebourg pour des raisons frivoles, se moqua des censures de l'Eglise; mais qu'il fut bien attrapé à son tour, lorsqu'il vit que des chiens affamés ne voulaient point manger des viandes de sa table; et il rentra en lui-même. Ces chiens étaient sans doute orthodoxes; malheureusement l'espèce en est perdue.

Les vierges miraculeuses, les images secourables et les reliques des saints, avaient alors une vertu toute singulière. Le sang de Belitz entre autres était fort renommé; voici ce que c'était : une cabaretière de cette ville vola une hostie consacrée, et l'enterra sous un tonneau, dans sa cave, pour avoir meilleur débit de sa bière; elle en eut des remords, car les cabaretières ont la conscience délicate; elle dénonça son crime au curé, qui vint en procession, avec tout son attirail sacerdotal, pour déterrer l'hostie; en enfonçant la pelle en terre, on vit bouillonner du sang, et tout le monde cria au miracle.41 L'imposture était trop grossière, et l'on sut que c'était du sang de bœuf que la cabaretière y avait versé. Ces miracles ne laissaient pas que de faire impression sur l'esprit des peuples; mais ce n'en était pas assez :42 la cour de Rome, toujours attentive à étendre sa domination à


40 Lockelius.

41 1249. Annales de Brandebourg. [Le Roi parle du sang de Zehdenick; mais il rend le nom inexactement par celui de Belitz, ville où, selon Angelus, se trouvait, l'année 1247, un autre sang merveilleux.]

42 1270. [On ne voit pas à quoi cette date se rapporte.]