<260>Mais bientôt de la troupe où son destin l'engage
La fière discipline et le courage altier
Font un brave soldat d'un paysan grossier.
Souvent dans l'action le nombre seul décide,
Votre force peut rendre un ennemi timide.
Rassemblez avec soin de rapides coursiers;
Il faut qu'ils soient choisis, ainsi que vos guerriers,
Dans la fleur de leurs ans, vigoureux et dociles.
Préparez avec soin tous ces amas utiles
Que Cérès à vos soins s'empresse à présenter;
L'art de vaincre est perdu sans l'art de subsister.a
Ce camp, ce peuple entier, à votre loi fidèle,
Par une maladie à la longue mortelle
Se sent deux fois par jour vivement assaillir;
S'il manque de secours, on le voit défaillir.
Les fils de Galien y perdraient leur science,
Il faut pour les guérir maintenir l'abondance,
Ou, si vous négligez ces devoirs importants,
Vous verrez arriver au milieu de vos camps,
Du fond de ses rochers et de son antre aride,
Ce monstre décharné, la Faim pâle et livide.
Il amène avec lui les maux contagieux,
Le découragement aux cris séditieux,a
La faiblesse, la peur, la misère effroyable,
Le sombre désespoir, la mort inexorable;
Et dans ce camp désert, peuplé par des mourants,
Combattrez-vous tout seul des ennemis puissants?
Prévenez ce malheur, arrangez-vous d'avance,
Dans vos camps, par vos soins, amenez l'abondance,
Et préparez ainsi, dans les bras du repos,
Pour vos futurs exploits des triomphes nouveaux.
Tandis que s'arrangeant pour la naissante année.
Le chef par ses travaux règle sa destinée,
L'officier généreux, tranquille en ses quartiers,


a Voyez t. III, p. 85, t. VII, p. 18, et le Palladion, ch. I, v. 430-432.

a Le découragement, les cris séditieux. (Variante de l'édition in-4 de 1760, p. 417.)