14. AU MÊME.

(Le 24 décembre 1783.)



Mon cher neveu,

Voici une goutte d'eau versée sur une pierre chaude. La sécheresse de l'année m'empêche de rendre la rosée plus abondante, <56>car les ravages des rivières au printemps, les incendies de l'automne, les sauterelles de Goeuren2_61-a m'ont si fort épuisé, qu'à peine il me reste la vie. Que la vôtre soit heureuse, et que vous me comptiez toujours au nombre de vos plus fidèles adulateurs, étant,



Mon cher neveu,

de Votre Altesse Sérénissime2_61-b
le fidèle oncle et ami,
Federic.


2_61-a Les mots les sauterelles de Goeuren, que nous avons exactement copiés sur l'autographe, font probablement allusion aux grandes pertes qu'avaient causées au Roi la mauvaise administration et les malversations du ministre d'État Frédéric-Christophe de Goerne, pertes qui montaient à plus d'un million d'écus. M. de Goerne fut arrêté le 19 janvier 1782, et conduit le 1er mai suivant à Spandow, où il devait subir une réclusion perpétuelle. Il fut gracié par Frédéric-Guillaume II. Voyez le recueil intitulé : Patriotisches Archiv für Deutschland (publié par Frédéric-Charles baron de Moser), Francfort et Leipzig, 1784, t. I, p. 409-482.

2_61-b Les mots de Votre Altesse Sérénissime sont écrits en gros caractères dans l'autographe, probablement par plaisanterie.