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6375. AU CONSEILLER PRIVÉ DE GUERRE DE KLINGGRÆFFEN A VIENNE.

Potsdam, 24 juin 1754.

J'accuse la bonne réception des deux dépêches que vous m'avez faites du 12 et du 15 de ce mois, au sujet desquelles je suis bien aise de vous faire observer que, si la cour où vous êtes compte sur les secours en argent à tirer de l'Angleterre, elle saura se mécompter fortement, et l'on me confirme, de la manière la plus positive, que tout ce que ladite cour pourrait opposer au système d'économie et pacifique actuellement adopté du ministère anglais, ne le changera pas à moins d'évènement extraordinaire et pour des objets nationaux. L'on m'assure d'ailleurs que, bien que la cour de Vienne ne trouve pas ce système de son goût et que le comte de Colloredo à Londres le donnait assez à connaître là, néanmoins celui-ci s'apercevait bien que toute insinuation opposée ne saurait pas faire impression, et que c'était aussi en conséquence qu'il ne se pressait pas de les étaler: enfin, qu'il était très décidé que l'Angleterre n'irait ni dans la négociation de Russie ni dans celle de l'élection de roi des Romains au delà des offres faites sur l'un et l'autre objet.

Federic.

Nach dem Concept.


6376. AU LORD MARÉCHAL D'ÉCOSSE A PARIS.

[Potsdam], 25 [juin 1754].

Un petit voyage que j'ai fait à Baireuth1 a interrompu notre correspondance de deux jours de poste. J'ai trouvé ici à mon retour trois de vos lettres. Vous me grondez un peu dans la première, dans la seconde vous accusez la réception de ma lettre, et dans la troisième vous me mandez que vous vous préparez à voyager. Je ne puis vous dissimuler que j'en suis bien aise et que je me réjouis de revoir un homme avec lequel j'ai fait connaissance, depuis qu'il est à Paris. Votre frère a eu une petite attaque de son ancien mal, mais qui s'est assez bien passée. A présent, mon cher Milord, je me donne quelque repos après toutes les courses que j'ai faites, loin des querelles littéraires, des injures éloquentes et de tout le sabbat du Parnasse. Algarotti a pris le large d'un autre côté, il se marie à Venise et il veut s'y faire un établissement. Toutes ces gens parlent de sentiments, sans en avoir, ce sont des geais parés des plumes du paon, qui à force de faire la roue se persuadent que leur plumage est à eux. Je ne sais, mais je crains fort que d'Alembert ne morde pas à l'hameçon;2 on dit qu'il est si philosophe qu'à moins d'une persécution de la part des prêtres, il n'abandonnera pas sa patrie, quelque ingrate qu'elle soit envers lui. L'Allemagne a illustré la France par un héros bâtard qui l'a sauvée



1 Der König verweilte in Baireuth vom 18. bis 22. Juni.

2 Vergl. S. 331.