5993. AU MINISTRE D'ÉTAT DE ROHD A STOCKHOLM.

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Rohd berichtet, Stockholm 31. Juli: „La cour de Suède ayant grand besoin d'un homme de tête et sur l'attachement duquel elle pourrait se reposer pour la direction de ses affaires sous le Roi, Sa Majesté la Reine, m'en parlant l'autre jour, eut la grâce de me dire que, tout bien examiné, elle ne connaissait personne plus propre à cela que le baron Hœpken, vu ses talents pour former un plan et ses lumières pour le conseil. Qu'il ne s'agissait seulement que d'en venir à bout, en unissant ses intérêts de si près à ceux de la cour qu'on pût se confier et compter sur lui; qu'elle avait jeté les yeux sur moi, pour le sonder et pour le gagner, s'il était possible, en lui faisant envisager tout ce qui était capable de le flatter, soit du côté de l'ambition, soit par les aisances que l'état de ses affaires domestiques, actuellement borné, pourrait avoir à désirer. Que se doutant bien néanmoins que je ne me chargerais pas de cette commission sans un ordre exprès de Votre Majesté, elle serait bien aise que je le demandasse, et que, Votre Majesté y consentant, j'aurais peut-être encore le temps d'entamer cette affaire avant mon départ, que Votre Majesté pourrait continuer ensuite. La commission est délicate et plus difficile qu'elle ne paraît d'abord, mais les ordres de Votre Majesté

Potsdam, 11 août 1753.44-1

La commission dont la Reine, ma sœur, voudrait bien vous charger au baron de Hœpken, en conséquence de ce que vous m'en rapportez par votre dépêche du 31 du mois dernier, me paraît être un peu délicate; mais comme je ne veux pas que vous vous y refusiez absolument, je crois que le meilleur serait que vous vous preniez adroitement pour insinuer au baron de Hœpken combien le roi de Suède reconnaissait ses talents et ses bonnes qualités et avait mis sa confiance en sa personne, qu'il pourrait parvenir par là à être l'heureux instrument pour rétablir la bonne et parfaite intelligence entre le Roi et le Sénat et contribuer à la réunion désirable, pourvu que seulement il voudrait se plus attacher au Roi. Que ce n'était que votre idée particulière et qui probablement ne manquerait pas de succès, pourvu qu'il gagnerait

feront ma règle, et mon zèle pour le service de la Reine ne connaît rien de plus flatteur que de pouvoir lui être utile. Il y a pourtant bien des précautions à prendre dans cette démarche, pour qu'elle ne tire pas à conséquence, si la réussite n'y répond pas.

… A M. Posse, on a envoyé des instructions pour qu'il ait les yeux ouverts sur tout ce qui s'y passe et particulièrement sur le motif de la conférence mystérieuse qui s'est tenue chez le Chancelier,45-1 laquelle intrigue fort le baron Hœpken. Il serait bon de l'avertir de ce qui en pourrait venir à la connaissance de Votre Majesté, lui de son côté m'ayant promis de m'informer des nouvelles de considération qui lui entreraient sur ces matières. A cette occasion, il me communiqua en confidence une anecdote qui probablement lui était venue du sieur Preis. C'est que le ministre de Hollande en Russie doit avoir écrit, depuis peu de mois encore, à ses maîtres qu'on ne devait point se presser avec l'accession qu'on demande à la République, puisque l'état des affaires en Russie était actuellement dans un si grand abandon qu'on n'avait rien de vigoureux à s'en promettre.“

plus encore la confiance de ce Prince etc. Enfin, il conviendra que vous ne vous serviez que de propos innocents, de sorte que vous ne soyez aucunement commis, supposé que l'affaire ne réussirait pas à souhait.

Quant a la conference mystérieuse qui s'est tenue chez le chancelier de Russie, nous n'en savons guère plus encore que le baron de Hœpken, mais dès qu'il en viendra quelque chose à ma connaissance, je ne manquerai pas de lui communiquer ce qui m'en sera entré.

Les dernières nouvelles que nous avons eues de Pologne, nous informent que tout ce qu'on avait vu faire jusqu'à présent aux Turcs, n'avait tendu qu'à exercer leurs troupes, et que les invasions que les Tartares de la Crimée faisaient dans les nouvelles colonies, étaient peu considérables; cependant je viens d'apprendre de très bonnes mains que les deux cours impériales commencent à se bien méfier de la Porte Ottomane et qu'elles sont dans de fortes appréhensions que toutes les corruptions, et qui allaient à des sommes exorbitantes, qu'elle sont employées pour entretenir la Porte dans l'indolence, ne porteraient plus à rien, de sorte qu'on avait presque perdu toute espérance d'obvier à la mauvaise volonté de la Porte contre les deux cours.

Au reste, ayant réfléchi sur les longs et fidèles services que vous avez rendus à moi et à ma maison, tandis que vous avez été employé dehors, je viens de vous conférer le poste de ministre auprès de la régence à Kœnigsberg, avec la présidence du collège des mineurs, et le département des affaires de l'université et des églises de la province qui vient de vaquer par la mort du comte de Finckenstein de Schœnberg.

Federic.

Nach dem Concept.

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44-1 In der Vorlage verschrieben: 5 août. Das richtige Datum ergiebt Rohd's Bericht, Stockholm 24. August 1753.

45-1 Zwischen Bestushew, Pretlack, Funcke und Pechlin. (Rohd's Bericht vom 24. Juli.)