6453. AU CONSEILLER PRIVÉ DE LÉGATION JEAN-DIDIER DE MALTZAHN A VARSOVIE.

Campement près de Breslau, 8 septembre 1754.

Les dépêches que vous m'avez faites du 29 d'août passé et du 1er de ce mois, m'ont été fidèlement rendues. Pour qu'il n'y ait aucun<420> malentendu entre nous par rapport aux fermentations qui règnent à présent en Pologne, je vais vous répéter encore mes intentions à ce sujet, savoir que, l'affaire de l'ordinatie420-1 ne me regardant pas proprement ni directement, je ne saurais aussi m'en mêler directement, mais laisser vider entre les Polonais leurs querelles à ce sujet entre eux, comme purement domestiques, à moins que quelque autre puissance ne s'en mêle directement pour opprimer tout-à-fait par force ouverte le parti patriotique et bien intentionné pour moi, ce que ni la France ni moi ni d'autres puissances voisines et amies de la République ne sauraient permettre. Voilà aussi ce que vous pourrez bien insinuer, sans bruit et sans éclat, au Grand-Maréchal de la Couronne. Mais je ne pense pas, aussi, de faire des déclarations ouvertes à ce sujet, qui n'aboutiraient à autre chose qu'à provoquer la Russie, qui ne laisserait certainement pas de faire alors aussi des déclarations de sa part dans son style ordinaire, ce qui pourrait me mener plus loin que je ne voudrais aller présentement. Ainsi donc qu'il faut qu'en donnant des assurances au Grand-Maréchal qu'au cas qu'il arriverait qu'une puissance voudrait opprimer de force ouverte la République et sa constitution, je ne saurais jamais le regarder indifféremment ni le permettre, vous mesuriez bien vos termes, et vous [les] règliez sur ceux que je vous ai fait prescrire, afin de ne pas m'aventurer.

Au surplus, quand vous sentez que la Russie ne désire point la guerre et qu'elle n'est pas dans des dispositions à souhaiter de la voir éclore de ce côté-là, je suis tout-à-fait de votre sentiment, auquel je suis confirmé par une nouvelle420-2 qui m'est venue d'assez bonne main, que la cour de Russie n'est pas contente de celle de Pologne de ce que celle-ci n'a pas pris d'abord assez d'attention pour composer les différends par rapport à l'ordinatie, et que le sieur Gross en a parlé au comte de Brühl, pour lui faire entendre de la part de sa cour qu'elle souhaite bien à voir accommodée cette affaire, auquel on avait aussi promis qu'on tâcherait tout de bon de faire un accord entre les parties intéressées avant l'ouverture de la Diète, afin que celle-ci n'en saurait pas souffrir.

Au surplus, mandez-moi votre sentiment s'il n'y aura pas moyen de faire traîner, en tout cas, cette affaire jusqu'à la convocation d'une nouvelle Diète, indépendamment de celle qu'on va assembler.

J'ai reçu le factum que le comte de Brühl vous a communiqué pour votre information touchant l'excès commis du lieutenant Kalben.420-3 Comme je désapprouve absolument sa démarche, j'ai donné mes ordres de le faire mettre d'abord aux arrêts, pour lui faire sentir mon indignation de son mauvais procédé.

Federic.

Nach dem Concept.

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420-1 Vergl. S. 414.

420-2 Schreiben von Gross an den im Haag auf Urlaub befindlichen Vertreter Hollands am dresdener Hofe Calkœn, Warschau 28. August.

420-3 Vergl. S. 407.