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Je dois vous avertir qu'on est venu m'apprendre1 que le voyage que le général russien Browne vient de faire au pays autrichien, et dont je vous ai marqué quelques circonstances avec mes soupçons par ma lettre antérieure,2 ne doit point avoir pour objet ce que j'en avais soupçonné d'abord, mais qu'il ne va qu'à Prague pour faire la visite à son parent, le feld-maréchal Browne, et voir ses enfants, qu'il fait élever là dans un couvent, et de partir en après pour Karlsbad, afin de s'y servir des eaux minérales.

Au reste, je veux bien vous dire, quoique dans la dernière confidence, que je viens de voir de bonnes lettres de Russie3 par lesquelles j'ai appris que le président de la chancellerie suédoise, le baron de Hœpken, avait fait ouverture au ministre de Russie, le sieur Panin, à Stockholm, de ce qui s'était passé en dernier lieu à l'égard du sieur de Rexin et son envoi de ma part à Constantinople, en ajoutant audit ministre qu'il n'avait voulu manquer de lui en donner avis, afin de prouver par là à sa cour la sincérité des sentiments qu'on conservait toujours pour la Russie; que le sieur de Panin en avait fait son rapport à sa cour, mais que le chancelier Bestushew n'avait guère tenu compte au baron de Hœpken de cette confidence. Vous concevrez, en attendant, combien je dois être choqué de ce procédé dudit baron de Hœpken.

Federic.

Nach dem Concept.


6872. AU CONSEILLER PRIVÉ DE GUERRE DE KLINGGRÆFFEN A VIENNE.

Potsdam, 15 juillet 1755.

J'ai reçu votre rapport du 5 de ce mois. Si ce qu'on vient de me dire à présent au sujet du voyage que le général russien de Browne vient de faire aux pays autrichiens, et duquel je vous ai déjà marqué les circonstances et mes soupçons,4 est juste, il ne doit point aller à Vienne, mais à Prague, afin d'y voir le feld-maréchal Browne et visiter ses enfants, qu'il fait élever là dans un couvent, d'où il partira à Karlsbad, pour s'y servir des eaux minérales. Ce que je n'ai point voulu vous laisser ignorer pour votre direction.

Je suis bien persuadé de ce que vous dites au sujet du système de Bartenstein que la cour de Vienne voudrait adopter à présent,5 je ne doute pas même que la Reine-Impératrice ne veuille guère être mêlée de la guerre qui va s'élever entre la France [et l'Angleterre]; mais,



1 Bericht Maltzahn's, Dresden 11. Juli.

2 Vergl. Nr. 6855.

3 Vergl. S. 196.

4 Vergl. Nr. 6856.

5 Klinggräffen berichtet, Wien 5. Juli, er habe von wohlunterrichteter Seite erfahren: „qu'on commençait à adopter en partie le système du baron Bartenstein, consistant en ce qu'il ne fallait point être la dupe de ses alliés, par où il entendait qu'il ne fallait pas aveuglément se laisser entraîner par l'Angleterre dans ses projets.“ Vergl. Bd. X, 283.