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de quoi il s'agissait, il est venu ce matin me lire sa dépêche. C'est une lettre du comte de Broglie, à la fin de laquelle le sieur Rouillé a mis qu'il l'avait lue et qu'elle était en tout conforme aux ordres du roi de France. Elle lui enjoint de demander au comte Brühl si le roi de Pologne préfère l'alliance du roi de France au traité de subsides conclu l'année 1751 avec les Puissances maritimes;1 si, en ce cas, il voulait faire suspendre au comte Flemming sa négociation à Hanovre,2 et que, cela fait, le roi de France enverrait ici son ambassadeur avec les conditions sous lesquelles il accorderait des subsides. La réponse du ministre saxon a été que la crainte que le départ du roi d'Angletterre ne fût hâtée, et ne voyant venir personne d'un autre côté, avait fait qu'on avait envoyé ordre au comte Flemming de signer le traité, si l'Angleterre voulait se relâcher des conditions très dures qu'elle avait exigées jusqu'ici. Ces conditions, à ce qu'il a dit au sieur de Linault, seraient un contingent auxiliaire aux ordres de Sa Majesté Britannique. Le comte Brühl a ajouté … qu'il se rendrait tout de suite chez son maître, pour savoir son intention s'il voulait faire ordonner au comte Flemming de suspendre toute négociation, si le traité n'était pas encore signé; et, de retour du roi de Pologne, il a dit au sieur de Linault que le Roi son maître avait approuvé tout ce qu'ils avaient arrêté ensemble, et qu'on expédierait encore la nuit une estafette au comte Flemming, qui serait de retour dans 5 ou 6 jours avec la réponse … Je viens de recevoir dans ce moment les dépêches du sieur Funcke qui me manquaient encore, et la toute dernière du 28 juillet, qui m'apprend que le chevalier Williams n'avait encore rien fini alors, mais que, sur ses instances pressantes, le secrétaire Wolkow avait été envoyé à Czarskœ Selo porter à la Czarine les pièces relatives à sa commission. Qu'il en était revenu avec l'ordre au Grand-Chancelier de se fendre encore ce jour-là à Czarskœ Selo, où le comte Woronzow était allé aussi. Le comte Esterhazy n'a fait, en attendant, que sonder le chancelier Bestushew sur le parti que l'Impératrice prendrait

différents avis qu'elle comprend et qui m'ont été de la dernière importance. Quant aux ouvertures que le sieur Linault vous a faites touchant le dessein de la France de se rapatrier avec la Saxe, vous vous tiendrez tout passivement envers le sieur Linault et vous informerez seulement soigneusement du train que cette affaire prendra là où vous vous trouvez, pour m'en faire votre rapport avec toute l'exactitude possible, en attendant que je songerai moi de contrecarrer ce dessein à la cour de France.3 D'ailleurs, vous me marquerez, pour contenter ma curiosité, ce que la cour de Dresde juge du parti que je pourrais prendre, en cas que la guerre contre la France éclate, si l'on croit que je prendrai parti avec la France, ou quel parti l'on m'attribue d'ailleurs que je saurais prendre à ces occurrences.

J'avais oublié de vous dire encore, sur le post-scriptum de votre dépêche du 22, que, quant au marchand de broderie de mousseline, nommé Nicolai, je veux bien lui accorder la demande qu'il fait pour lui faire présent d'une maison à Berlin, au plus tard l'année qui vient, pour y établir les personnes qui travaillent pour lui, supposé qu'il vienne s'établir là avec sa famille et sa fabrique.

Federic.



1 Vergl. Bd. VIII, 459.

2 Vergl. S. 243.

3 Vergl. S. 282.