6764. AU CONSEILLER PRIVÉ DE LÉGATION BARON DE KNYPHAUSEN A PARIS.

Potsdam, 29 avril 1755.

J'ai reçu la dépêche que vous m'avez faite du 18 de ce mois. C'est une chose difficilement à comprendre que le motif de la souplesse extrême avec laquelle le ministère de France agit envers celui de la Grande-Bretagne, et qui néanmoins rendra son jeu plus mauvais que s'il agissait avec fermeté. Mais, comme je vois bien que, malgré ce qu'on leur pourrait donner d'avis là-dessus,138-1 ils ne changeront point de leur façon d'agir, vous ferez mieux de ne leur rien dire sur cela et de ne vous servir autrement de ce que je vous fais observer ici que pour votre direction seule.

J'apprends par de bonnes lettres de Vienne138-2 qu'on y prétendait savoir qu'il n'y avait en Espagne encore rien de décidé par rapport au parti que la cour de Madrid prendrait, au cas que la guerre éclaterait entre la France et l'Angleterre, et qu'il y avait deux partis à cette cour qui, loin de se joindre à la France, optaient pour la neutralité dans ledit cas. Comme je désire avec empressement de savoir exactement le vrai état où sont actuellement les affaires entre les cours de Versailles et d'Espagne, vous vous appliquez bien à me satisfaire sur ce sujet.138-3

Au surplus, il m'est revenu qu'on ne savait pas encore davantage à la cour de Vienne de ce que le comte Migazzi avait soupçonné sur un prétendu traité conclu, dont je vous ai averti par une de mes dernières lettres138-4 qu'on en avait su alors, de sorte qu'on n'avait fait qu'exciter l'attention dudit comte pour pénétrer ce qui en était réel.

Federic.

Nach dem Concept.



138-1 Vergl. Nr. 6758.

138-2 Bericht Klinggräffen's, Wien 19. April. Vergl. Nr. 6763.

138-3 Vergl. S. 134.

138-4 Vergl. Nr. 6750 S. 129.