7308. AU SECRÉTAIRE MICHELL A LONDRES.

Potsdam, 28 février 1756.

Je n'ai point reçu de vos nouvelles l'ordinaire dernier, et, en attendant d'en recevoir bientôt, je veux bien vous confier ce que je viens d'apprendre par un assez bon canal,152-1 que vers la fin du mois passé de janvier les ratifications du traité de subsides conclu entre l'Angleterre et la Russie n'ont pas encore été signées de la part de l'impératrice de Russie, ni les échanges de ces ratifications faits. Je vous réitère donc mes ordres précédents,152-2 pour que vous deviez dire, quoique très poliment et de façon bien amiable, à milord Holdernesse comme quoi je lui demandais de me dire sincèrement et en confidence si l'Angleterre avait déjà pris ses mesures pour être assurée de la Russie de manière à y pouvoir compter sûrement à tout évènement, ou si elle était encore en termes équivoques avec la dernière. Et parcequ'il paraissait de plus en plus qu'il y avait une négociation secrète entamée entre les cours de Versailles et de Vienne,152-3 je me persuadais que par les intérêts qui nous étaient communs en ceci, l'on voudrait bien instruire le ministre d'Angleterre à Vienne afin qu'il allât de concert sur cet article avec mon ministre qui y résidait, pour bien pénétrer ce qu'il était effectivement dudit chipotage de la France avec la cour de Vienne, de sorte que, dans le cas qu'il se manifestât quelque chose des liaisons prises ou à prendre entre les deux susdites cours, on saurait d'abord convenir des mesures à prendre en contraire, mais qu'il saurait être alors d'une nécessité indispensable que l'Angleterre s'assurât dès alors de la Russie, pour qu'elle ne soit ni prévenue par la cour de Vienne, ni la Russie entraînée dans les mesures de celle-là. Vous finirez par dire tout nettement au lord Holdernesse de ma part que, dans cette conjoncture très critique, le ministère britannique ne saurait avoir assez d'attention aux conjonctures présentes. Au reste, comme j'ai vu dernièrement des lettres écrites en Angleterre par lesquelles on prétend faire une idée pas tout-à-fait avantageuse des affaires de ce pays-là, vu qu'elles assurent que, selon les avis qu'on en avait, les affaires des Anglais allaient bien mal en Amérique et qu'il s'en fallait de beaucoup que la dernière souscription que le gouvernement de l'Angleterre avait ouverte, soit remplie, et que la lenteur qui se manifestait à ce sujet,<153> donnait lieu de présumer que le ministère aurait de la peine à soutenir la guerre avec la vigueur qu'elle requerrait, et que cette appréhension commençait à inquiéter ce ministère, — je n'ajoute pas à la vérité trop de foi à ces nouvelles, je serais cependant bien aise que vous vous expliquiez fidèlement là-dessus envers moi dans une dépêche que vous m'adresserez seul et immédiatement.

Federic.

Nach dem Concept.



152-1 Vergl. Nr. 7307.

152-2 Vergl. S. 131. 144.

152-3 Vergl. Nr. 7306.