8504. A LA REINE DE SUÈDE A STOCKHOLM.

[Dresde,] 4 janvier [1757].

Ma très chère Sœur. La réception de votre chère lettre m'a fait tout le plaisir imaginable, je souhaiterais seulement que vous eussiez l'esprit plus tranquille et que vous eussiez la bonté de prendre un peu de patience.186-1 La fermeté est sans doute une très belle qualité, mais vous savez qu'on la désapprouva dans Charles XII, surtout lorsqu'à Bender avec 30 Suédois il voulut s'opposer à toutes les forces de l'Empire ottoman. C'est au contraire une très grande marque de sagesse de savoir caler les voiles dans la tempête, pour s'en servir ensuite, quand le vent redevient plus favorable.

Je vous rends mille grâces des vœux que vous voulez bien faire pour moi; j'ai plus besoin de la fortune que jamais : je suis dans le cas où était Charles XII au commencement de son règne, lorsque trois puissances ses voisines avaient conspiré sa perte, ou encore celui dans de la république de Venise à la ligue de Cambrai.186-2 Voilà ce qui m'a fait entreprendre la guerre, mais nous n'avons encore rien fait, et ce sera l'année prochaine qui décidera du sort de l'Allemagne et du mien. Je ferai de mon mieux pour me soutenir, je mets 150,000 hommes en campagne contre mes ennemis, et je garnis mes places de 40,000 hommes à part. Voilà le plus grand effort que je sois en état de faire; avec cela j'ai de bons et habiles généraux, le reste dépend de la fortune. Aucun de vos Suédois186-3 n'a donné jusqu'ici signe de vie, dès que j'en entendrai parler, je vous le marquerai, vous priant d'ajouter foi aux vœux sincères que je fais pour votre conservation et prospérité, étant avec la plus tendre amitié, ma très chère Sœur, votre très fidèle frère et serviteur

Federic.

Nach der Ausfertigung. Eigenhändig.



186-1 Vergl. S. 108.

186-2 Vergl. Bd. XIII, 252.

186-3 Die nach Prenssen geflüchteten Anhänger der schwedischen Hofpartei, Graf Hård und der königliche Page Psilanderhielm. Vergl. S. 69.