9602. AU PRINCE HENRI DE PRUSSE A LEIPZIG.

[Dürrgoy,] 18 [décembre 1757].

Mon cher Frère. Il serait inutile de vous dire toute la peine et les embarras que j'ai trouvés ici. Imaginez-vous que Breslau a une garnison de 10,000 hommes bien portants, que j'ai été obligé de faire venir de l'artillerie, par des chemins horribles, de Brieg et de Neisse, que, malgré la gelée et les neiges, nous avons fait nos parallèles, que nous les avons à 300 pas du fossé, qu'ils nous ont démonté une batterie, et qu'enfin, sans beaucoup de constance, nous aurions manqué notre<103> coup. Mais, à présent, nous avons une brèche, aujourd'hui 32 pièces en batterie, les sapes à 150 pas du fossé, le feu de l'ennemi éteint, une sortie vigoureusement repoussée cette nuit. Le commandant103-1 a déjà demandé à capituler, et je crois que, demain ou après-demain, la chose sera sûrement faite et réussira à notre honneur.

L'ennemi a quitté la Silésie; il n'y a plus que Buccow et Parai103-2 à chasser; Zieten et Fouqué sont à leurs trousses. Dès que Breslau sera rendu, je marcherai aux montagnes pour établir les quartiers, après quoi je compte prendre à Breslau un repos dont ma santé chancelante a grand besoin. Je n'ai eu que du chagrin et des angoisses depuis huit mois, et à force d'inquiétudes et d'agitations la machine s'use. Je vous remercie de tout mon cœur de la tendre part que vous prenez à ma situation. Mon page103-3 m'a assuré que vous êtes tout-à-fait rétabli. Si le prince Ferdinand chasse les Français du pays d'Hanovre, et que tout se tranquillise de votre côté, j'espère de vous revoir dans ce pays, que je n'ose quitter à présent, ayant cent arrangements à y faire, et ne m'osant absenter, de crainte qu'on n'y fasse des sottises. Adieu, mon cher frère, je suis avec la plus haute estime et la plus parfaite amitié, mon cher frère, votre fidèle frère et serviteur

Federic.

Nach der Ausfertigung. Eigenhändig.



103-1 Feldmarschalllieutenant Salomon Sprecher von Bemegg.

103-2 Sic; wohl Palasty gemeint. Vergl. Nr. 9601.

103-3 Puttlitz. Vergl. S. 97.