<434> comprends fort aisément que, si l'ennemi détachera en grande force contre vous, vous ne pourriez pas vous soutenir seul, et que1 je me verrais obligé de vous envoyer quelque secours, quoique sous la condition expresse que, dès que je redemanderais ce secours, vous me le renverrez incessamment, sans quoi je ne saurais pas vous envoyer un seul homme. Vous savez bien, cher prince, la situation présente où je me trouve, et que le délabrement de mes affaires est tel qu'il m'est impossible de faire tout pour vous ce que, sans cela, je ferais de meilleur cœur, et devrais faire pour la cause commune. Nonobstant cela, si l'ennemi détachera de Bohême dans l'Empire un grand corps de troupes contre vous, je crois ne pouvoir pas me dispenser dans telle circonstance de vous secourir aussi par quelque corps de troupes; mais si l'ennemi se borne à détacher contre vous 6 à 8000 hommes, alors je vous crois assez en force d'y résister, et ne détacherai rien de mes troupes vers vous.

En attendant, je vous prie de me marquer quel chemin le plus droit le secours que je vous destine, saurait prendre, pour vous arriver à temps, et de quelle façon ce secours saurait vous joindre le plus convenablement. Je suppose en ceci que l'ennemi, s'il tentera quelque chose, le voudra faire sur la Hesse.

Ce qui me cause d'autant plus de soupçons que l'avis que je vous communique, pourrait être fondé, c'est que j'ai des lettres de Hollande,2 par lesquelles on me marque que l'armée française en Westphalie devait se tenir prête à marcher vers le 25 février prochain. Je ne doute pas que vous n'en ayez avis aussi; mais, quand vous croirez que ces soupçons se confirment, vous ne manquerez pas de m'en avertir bientôt, afin que je puisse penser à ce que j'aurais à faire alors, et que je puisse m'arranger un peu là-dessus. Jusques à présent, la chose ne presse pas; mais il est bon de se préparer toujours à tout événement.

En attendant, je ferai de mon mieux d'avoir d'autres nouvelles encore sur cet article; si l'ennemi a quelque dessein, comme l'on doit présumer, je ne saurais pas dire s'il se servira alors seulement des troupes des Cercles, pour faire joindre celles de France, qui voudraient tomber sur la Hesse, ou si les Autrichiens voudraient plutôt détacher ensemble un corps de 20,000 hommes à peu près, afin que, lorsque vous marcherez contre eux vers la Hesse, alors Contades pourrait passer le Rhin, pour tomber vers Münster. Réfléchissez bien, je vous prie, sur tout ceci, et mandez-moi bientôt alors votre sentiment.

Federic.

Nach der Ausfertigung im Kriegsarchiv des Königl. Grossen Generalstabs zu Berlin.



1 So.

2 Bericht Hellen's, d. d. Haag 4. December.