11067. AU CONSEILLER PRIVÉ DE LÉGATION BARON DE KNYPHAUSEN ET AU SECRÉTAIRE MICHELL A LONDRES.

Reich-Hennersdorf, 9 juin 1759.

La dépêche que vous m'avez faite du 29 de mai, m'a été bien rendue par le courrier à qui vous l'aviez confiée; sur laquelle je vous dirai, en attendant que le sieur Mitchell m'aura parlé sur les instructions que vous accusez,307-1 que, quant au concert que j'ai établi entre mon frère Henri et le prince Ferdinand de Brunswick, j'ai été bien aise d'apprendre que le ministère anglais envisage la chose tellement que c'a été en ceci ma bonne et sincère intention à l'égard de notre cause commune, et vous saurez assurer les ministres en toutes les occasions où il conviendra, qu'autant que nous serons307-2 à même d'agir avec vivacité contre nos ennemis communs, nous l'avions fait et le ferions encore d'un concert commun, sans même que le ministère nous en dirait ou écrirait quelque chose.

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Mais comme mondit frère avait été inévitablement obligé de détacher 10 à 12 bataillons et une vingtaine [d']escadrons contre les Russes, dont l'armée menaçait une prochaine nouvelle invasion dans mes États, afin de renforcer par là mon corps d'armée sous les ordres du lieutenant-général Dohna, pour le mettre à même d'agir offensivement contre les Russes, et que mon susdit frère avait affaibli par là son corps d'armée, il n'était pas à même de hasarder à présent quelque entreprise considérable, jusqu'à ce que nous aurons combattu ou les Russes ou les Autrichiens.

Au surplus, quant à ma situation ici, je ne vous en saurais écrire qu'autant que Daun se prépare actuellement pour entrer en Silésie, mais que nous nous sommes préparés de le recevoir, en sorte que sûrement il s'en retournera fort mal.

J'ai été très satisfait des assurances que vous m'avez données au sujet de la circonspection avec laquelle le ministère là agit par rapport aux affaires d'Italie. Ce n'a été jamais de ma part par aucun motif de méfiance contre les ministres, comme s'ils étaient capables de sacrifier mes intérêts par quelque paix particulière; et si je vous ai marqué quelque soupçon d'une négociation de paix que ces ministres avaient peut-être entamée sous main avec la France,308-1 ce n'a point été pour en présumer mal, mais parceque j'ai cru qu'on pourrait avoir commencé des pourparlers secrets, afin de s'entendre préalablement sur les préliminaires d'une pacification générale, sans me méfier le moindrement que mes intérêts en perdraient jamais. Aussi en suis-je parfaitement tranquille, me reposant d'ailleurs tout-à-fait sur des gens aussi entendus et d'une fidélité reconnue que vous, dont j'attendrai ce que vous me marquerez à ce sujet.

En attendant, vous ferez des compliments très obligeants à M. Pitt et aux autres ministres où il convient au sujet des nouvelles instructions qu'ils ont bien voulu donner au sieur de Porter, et je me remets, au reste, à ce que je vous ai déjà marqué par ma dépêche d'hier au sujet de la négociation avec la Porte.308-2

Federic.

L'homme à toque papale balance furieusement à venir, il craint de se brûler les doigts; cependant, l'envie de reconquérir la Silésie lui fera, s'il plaît au Ciel, faire une sottise.

Das Hauptschreiben nach dem Concept; der Zusatz eigenhändig auf der im übrigen chiffrirten Ausfertigung.



307-1 Die Gesandten hatten, London 29. Mai, berichtet, es würden an diesem Tage Abschriften der neuen Instructionen, die an Porter ertheilt seien (vergl. S. 242. 243. 306), an Mitchell übersandt, um sie dem Könige mitzutheilen.

307-2 So.

308-1 Vergl. S. 232.

308-2 Vergl. Nr. 11065.