11076. AU PRINCE HENRI DE PRUSSE.

[Reich-Hennersdorf, 11 juin 1759.]313-4

Chiffre, mon frère Henri!

Je comprends très bien ce que vous me dites,313-5 et c'était pour éviter précisément ces dangereuses conséquences, que le prince Ferdinand<314> a entrepris ce printemps son expédition contre les Français, qui lui a manqué.314-1 Vous avez fait de votre côté ce qui a été possible, à présent ne vous impatientez pas encore.

J'ai à faire ici à la créature la plus lente qu'il y ait sur la terre, mais il faut bien pourtant qu'à la fin il se mette en mouvement; vous pouvez compter que, si c'est à la Silésie qu'il en veut, qu'il sera expédié bien vite; s'il se tourne vers la Lusace, je serai sans doute obligé de l'y suivre, mais il n'y a aucune apparence qu'il prenne ce parti.

Les Russes vont sûrement contre la Nouvelle-Marche, ils sont 50000 hommes; comptez, je vous prie, qu'avec vos secours même on ne leur peut opposer que 30000 combattants. J'ai ici go 000 hommes pour le moins contre moi, j'en ai 52000 pour m'y opposer; vous serez à peu près 22000 hommes, vous n'avez encore que Gemmingen et Vela.

Les Français sont ce qu'il y a le plus à craindre, c'est pourquoi je vous prie de vous concerter avec le prince Ferdinand d'avance, pour que vous sachiez ce qu'il pourra faire dans les cas qui peuvent arriver; car si vous attendez plus longtemps, il n'y aura plus de remède.

Quant à la Lusace, il est constant que Berlin nous oblige d'y avoir un œil; mais Finck me paraît suffisant pour y veiller,314-2 d'autant plus que Dohna marche à Landsberg et qu'en cas de besoin il peut détacher 3000 hommes qui peuvent être sur les frontières, avant que Vela entre dans la Marche; Finck pourrait, en ce cas, marcher par Torgau où il gagne deux marches sur l'ennemi, et concerter ses mouvements avec le corps qui viendrait de Küstrin.

Dans la situation présente où nous [nous] trouvons, il me semble que chacun est où et comme il doit être; l'ennemi sera obligé, à coup sûr, d'entreprendre, soit que ce soit les Russes ou Daun, il faut que d'un côté ou d'autre quelque chose se décide. Notre situation est violente, mais qu'y faire? c'est à la fortune à en décider, la prudence humaine n'y saurait faire plus que ce qui s'est fait jusqu'ici.

Daun a tenu avant-hier conseil avec Laudon, j'en ignore le résultat; dès que je saurai quelque chose d'un peu important, je vous le manderai.

La crise est épouvantable, mais je n'y sais aucun remède, car je ne peux forcer ni les Russes ni ces gens-ci à combattre, et il les faut voir venir; d'ailleurs Dohna ne saurait rien entreprendre avant la jonction du secours. Hülsen pourra être le 18 à Francfort, le 23 à peu près auprès de Landsberg.

[Federic]

Nach dem Concept. Eigenhändig.

<315>

313-4 Das Datum von Cöper zugesetzt.

313-5 Prinz Heinrich hatte, Planitz 5. Juni, geschrieben: „Je crains pour le prince Ferdinand. Toute l'armée du prince de Deux-Ponts peut tomber sur lui.“ Daun und die Russen würden keinen Schritt thun, „qui ne soit extrêmement mesuré; ce qui pourrait aussi donner le temps à l'armée de l'Empire de se porter sur le prince Ferdinand ou d'aller en Bohême se joindre au général Gemmingen“ .

314-1 Vergl. S. 181. 182. 183.

314-2 Vergl. Nr. 11077.