<118>fait et surtout des réponses que le premier a données à ce ministre; j'ai particulièrement sujet de me louer de la déclaration si droite que M. de Yorke lui a faite sur mon sujet :1 ainsi que ma volonté est que vous fassiez à celui-ci un compliment bien flatteur et obligeant de ma part sur cet article, où il s'est aussi bien expliqué qu'on ne le saurait mieux faire. Mais ce que je pénètre à présent par tout ce que le comte d'Affry a fait paraître, c'est que les Français veulent duper les Anglais. Les premiers, voyant leurs forces maritimes presque anéanties et plus en état pour soutenir leurs colonies des Indes et de l'Amérique, voudraient bien faire leurs convenances sur leurs affaires d'Amérique avec l'Angleterre, à l'exclusion de celles de l'Allemagne, pour se moquer alors des Anglais et régler avec les deux cours impériales celles de l'Allemagne absolument à leur gré. Ce qui, à ce que je suis sûr, ne sera nullement de la convenance ni de l'Angleterre ni de ses alliés, vu la trop grande connexité des affaires de terre avec celles de la mer, parceque, malgré les succès que l'Angleterre avait eus en Amérique et sur mer, la France, appuyée des Autrichiens et autres princes d'Allemagne, gardait encore la supériorité sur les alliés d'Angleterre en Allemagne, dont le contrecoup, si les affaires de ceux-ci prendraient un train malheureux et dépériraient, retomberait toujours non seulement sur les possessions du roi d'Angleterre en Allemagne, mais sur l'Angleterre même, de sorte qu'il est impossible de séparer les affaires de l'Angleterre d'avec celles de ses alliés en Allemagne.

En attendant, il est toujours bon qu'on ait commencé de se parler [et] de s'expliquer, et, comme apparemment le comte d'Affry aura à présent des nouvelles instructions de sa cour, l'on en verra toujours plus clair dans les véritables intentions de la France.

Au surplus, je viens de voir des lettres de très bonne part2 qui, je ne saurais pas le dissimuler, marquent, à ma grande surprise, qu'on avait découvert que, selon un concert pris entre les cours de Vienne et de Versailles, l'armée qui doit être commandée par le prince de Soubise, devait s'assembler entre Liège et Maastricht au commencement de mars, pour s'emparer de Masstricht; que les ordres étaient actuellement donnés pour envoyer par la Meuse les farines et les autres provisions nécessaires pour la subsistance de cette armée; que le sieur Foullon3 avait écrit à un des commissaires de Liège de s'informer avec beaucoup de secret et de précaution où il se trouve des fours pour cuire le pain, quand il en faudra, parceque la construction de nouveaux fours répandrait l'alarme, et que les magasins et [du] foin et de l'avoine à Liège feraient subsister l'armée pendant quelque temps et que, d'ailleurs, selon un état de fourrages dans le pays de Liège qu'on avait



1 Im Verlaufe der Unterredung hatte General Yorke zu d'Affry geäussert, „qu'il devait sentir que l'Angleterre était en état et en volonté de soutenir ses alliés“ .

2 Vergl. Nr. 11849, 11850 und II851.

3 Der Generalintendant der französischen Armee.