12255. AU CONSEILLER PRIVÉ DE LÉGATION BARON DE KNYPHAUSEN A LONDRES.

Knyphausen und Michell berichten, London 8. Juli:

„II paraît . . . être à désirer pour l'intérêt de la cause commune qu'on puisse trouver quelque expédient qui, en laissant à l'Angleterre la liberté de profiter des dispositions de la France pour le rétablissement de la paix et du besoin pressé qu'elle en paraît avoir, mette en même temps de nouvelles forces entre les mains de Votre Majesté, qui soient assez suffisantes pour qu'Elle puisse Se flatter d'obtenir par la voie des armes ce que celle des négociations Lui a constamment refusé jusques à présent.

Le seul moyen qui puisse remplir l'idée que nous venons d'exposer, serait, sans doute, une convention entre Votre Majesté et l'Angleterre, par laquelle vous la relèveriez, Sire, de l'engagement d'une paix commune qu'elle a contracté avec vous, et la laisseriez en liberté de faire une paix séparée avec la France, pourvu qu'elle s'engageât de faire passer toute l'armée alliée, à la réserve seule des troupes nationales anglaises, à votre disposition et de vous fournir les moyens nécessaires pour pourvoir à son entretien, en vous accordant un subside convenable pour cet effet.

L'assistance de l'Angleterre deviendrait, par un tel moyen, beaucoup plus efficace pour Votre Majesté qu'elle ne saurait jamais l'être d'ailleurs, et, si toute cette armée pouvait être conservée pour l'usage de Votre Majesté, il n'est pas douteux qu'Elle combattrait à peu près à forces égales contre les cours de Vienne et de Russie. Mais, en même temps, nous ne dissimulerons point à Votre Majesté qu'une pareille négociation rencontrerait de grandes difficultés et ne serait pas d'une exécution facile,

1° parcequ'il est sans exemple et contraire aux maximes de l'Angleterre de faire la guerre sur le continent pour ses alliés, sans qu'elle y soit intéressée directement,

20 parceque, outre le consentement de l'Angleterre, il faudrait s'assurer de celui des Princes qui fournissent des troupes à l'armée alliée, et nommément [de] celui de l'électeur de Hanovre, du landgrave de Hesse-Cassel et du duc de Brunswick, dont quelques-uns témoigneraient peut-être de la répugnance pour entrer dans un pareil plan et pour porter leurs armes contre les cours de Vienne et de Russie.“

Quartier général de Gruna devant Dresde, 17 juillet 1760.

Je viens de recevoir la dépêche que vous m'avez faite du 8 de ce mois. Après avoir [pris] en considération le nouveau plan de négociation que vous venez de me proposer, il faut que je vous [dise] que la proposition me vient trop tard, et vous conviendrez vous-même qu'avant que vous en sauriez vous concerter avec les ministres anglais sur ce plan et convenir d'une convention, avant qu'on saurait mettre d'accord les Princes en Allemagne dont les troupes composent la plus grande partie de l'armée alliée, pour être conservées toutes, hormis les troupes anglaises nationales, à mon usage, avant que l'affaire saurait être pro<496>posée au Parlement et approuvée par lui, et avant que l'Angleterre saurait convenir d'une paix solide avec la France, il ne saurait manquer qu'avant que tout cela pourrait être ajusté, le mois de janvier de l'année qui vient serait passé, quand même les négociations sur tous ces sujets seraient très vivement poussées, et pendant cet intervalle du temps je serais déjà abîmé. Ainsi donc qu'il faut bien que, sans rien changer à mes engagements pris jusqu'ici avec l'Angleterre, puisque le temps ne le permet pas, je hasarde le tout pour le tout et que j'attende de quelle façon le sort disposera de moi et de mes affaires. Au surplus, vous vous ressouviendrez des raisons graves et solides que vous m'avez alléguées, il y a quelques mois encore,496-1 pour me représenter la nécessité absolue qu'il y avait de ne point me séparer de l'Angleterre, quand il s'agirait de faire la paix avec la France, ni de consentir jamais à ce que l'Angleterre, contre ses engagements les plus solennels, fît sa paix avec la France sans mon inclusion et sans que mes intérêts n'y fussent préalablement réglés.

Je suis, à la vérité, à présent devant Dresde que j'assiège, et je me flatte aussi, à moins qu'il n'arrive de nouveaux incidents jusqu'à présent inespérés, de prendre cette ville avec la garnison ennemie. Mais, quand même j'y réussirai, il s'en faut beaucoup que cela décide à mon avantage [de] ma situation et lui rende une meilleure face, et la position de mes affaires est actuellement telle que le mois d'août qui vient, apparemment décidera souverainement de mon sort bien ou mal.

Voilà ma façon de penser sur ce [que] vous m'avez proposé; c'est à vous d'y réfléchir et de me mander ce que vous en sentez.

Federic.

Nach dem Concept.



496-1 Vergl. Nr. 12001.