1085. AU CONSEILLER ANDRIÉ A LONDRES.

Berlin, 9 mars 1743.

J'ai appris avec la dernière surprise, par une lettre que je viens de recevoir de l'Électeur palatin, que la disposition favorable qui s'est manifestée de la part des généraux hanovriens, lors de leur entrée dans le duché de Juliers, s'est évanouie tout d'un coup. Car sans compter que la reine de Hongrie n'a envoyé aucune lettre réquisitoriale à l'Électeur palatin pour le passage des troupes auxiliaires, ainsi qu'elle l'a fait à l'électeur de Cologne, le lord Stair a commencé à se comporter tout comme s'il était en pays ennemi, ayant assigné selon sa propre fantaisie les quartiers aux troupes qu'il a sous son commandement, sans consulter les commissaires nommés par la cour de Mannheim pour les régler, prétendant fixer le prix des vivres à ce qui bon lui semble, et menaçant de ne plus payer une obole pour tout ce qu'on lui fournit, ni de bouger de la place, à moins que Son Altesse Électorale Palatine ne promette de rester neutre durant les troubles qui agitent présentement l'Allemagne.

Comme le roi de la Grande-Bretagne s'est déclaré envers moi, dans la réponse que vous m'avez envoyée et dont vous trouvez la copie ci-jointe,346-1 de la manière la plus positive, que ses troupes anglaises et allemandes se comporteraient amiablement, pendant leur séjour dans le susdit duché, qu'elles ne seraient à charge à personne, et qu'elles ne s'y arrêteraient qu'autant que la nécessité le demandait et qu'il leur fallait pour se remettre des fatigues de la marche, je ne saurais m'imaginer, je l'avoue, que Sa Majesté voudra manquer à la parole donnée à cet égard. Je crois plutôt que le lord Stair agit, en ce qu'il fait, de son propre chef, et sans y être autorisé par le Roi son maître.

Mon intention est que vous en parliez, sans la moindre perte de temps, au lord Carteret. Vous vous plaindrez hautement d'une procédure si étrange, et vous lui recommanderez fortement qu'on y apporte un prompt remède, et qu'on expédie des ordres précis et sévères au général anglais, lui enjoignant de ne plus excéder les bornes que Sa Majesté Britannique a agréées elle-même.

Mais si, contre toute attente, vous vous apercevez, par la réponse que le lord Carteret vous donnera, qu'on a changé d'avis sur cet article, vous ne lui cacherez point qu'en ce cas-là, je ne pourrais une dispenser de secourir l'Électeur palatin et de lui prêter l'assistance stipulée par nos ancêtres et nommément par le 6e article du traité d'union et de partage, dont copie a déjà été communiquée in extenso à la cour d'Angleterre.

Vous ajouterez audit secrétaire d'État que tout l'Empire romain ne saurait voir d'un œil tranquille qu'on traitât d'une façon si despotique <347>un de ses premiers électeurs et membres; que, s'il n'était question que de la neutralité, l'Électeur palatin s'était engagé, à diverses reprises, de vouloir l'observer religieusement dans la guerre présente entre les maisons d'Autriche et de Bavière; que la résolution prise par l'Électeur palatin de laisser quelques régiments à l'Empereur n'y était pas contraire, ces troupes ayant passé au service de Sa Majesté Impériale, lui ayant prêté serment et étant payées par elle, et ne pouvant, par conséquent, plus être regardées comme troupes palatines. Mais, supposé même qu'on voulût les prendre pour telles, que cela ne pouvait donner aucune atteinte à la neutralité : témoin l'exemple des cours de Copenhague et de Cassel, dont la première avait fourni des troupes à la Grande-Bretagne, sans cependant se mêler de sa querelle avec la France; et celle de Cassel en a donné, comme vous savez, à l'Empereur d'aujourd'hui, sans qu'elle soit censée avoir rompu avec la reine de Hongrie.

Qu'enfin je conjure Sa Majesté Britannique, par l'amitié qui nous unit et qui m'est précieuse au delà de toute expression, de réfléchir, selon Sa grande pénétration, sur les suites funestes qui en résulteraient à coup sûr, si l'on poussait à bout les États de l'Empire et prétendait leur imposer des lois trop dures et, pour ainsi dire, insupportables; que je me flatte qu'en égard à des considérations aussi graves et aussi importantes, elle ferait cesser bientôt les plaintes de la cour palatine, et que je le souhaite du fond de mon cœur. Mais que je répète encore que, faute d'un prompt redressement, je serais obligé, quoiqu'à grand regret, d'en venir à des mesures plus sérieuses, pour accomplir les engagements contractés entre moi et la maison palatine. Que j'aurais au moins la satisfaction de l'avoir indiqué assez à temps, et que ceux qui n'y donnent point l'attention requise, devraient ci-après s'imputer uniquement ce qui en arriverait, et en être responsables.

Vous me rapporterez fidèlement comme quoi le lord Carteret s'expliquera sur ce que je vous charge de lui insinuer. Vous le ferez au plus tôt possible, afin que je puisse régler mes mesures là-dessus.

Federic.

H. Comte de Podewils. C. W. Borcke.

Nach der Ausfertigung. Zu Grunde liegt wie den beiden folgenden Nummern eine dem Grafen Podewils von dem Könige am 7. März persönlich ertheilte Weisung.



346-1 Vergl. oben S. 343 Anm. 1.