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12919. AU MINISTRE D'ÉTAT COMTE DE FINCKENSTEIN A MAGDEBURG.

Kunzendorf, 29 mai 1761.

Je vous sais gré de la communication des nouvelles que vos rapports du 24 et du 25 de ce mois comprennent. Cependant je crois avoir lieu de douter encore de la réalité de celle touchant l'affaire de Pondichéry.1 Comme mes lettres de Londres, ainsi que celles que j'ai reçues du prince Ferdinand et de La Haye, n'en sonnent mot, je dois compter ladite nouvelle comme apocryphe et prématurée encore. La jalousie qui, d'ailleurs, se doit manifester, en conséquence des avis qu'on vous a donnés, entre les cours de France et de Suède et celles des deux Impératrices, serait quelque chose, si nous étions dans les circonstances à voir venir tranquillement les évènements; mais, dans la situation violente et critique, il m'en faut d'autres, savoir de prochains, de décisifs et d'éclatants; sans cela ils ne me servent guère de rien. Il en est autant de celui de Pondichéry. Car supposé que la nouvelle se vérifie, ne serait-il pas bien incertain si mes affaires en iraient mieux ou plus mal, si les Anglais se raidiront d'autant plus contre la paix? Que sait-on si les Français en deviendront plus pliables? ou si plutôt, par désespoir, ils ne tourneront tous leurs efforts contre l'Allemagne et animeront leurs alliés d'agir pareillement, en risquant le tout pour le tout? Le grand baromètre sur lequel il faudra que nous tournions à présent toute notre attention, c'est uniquement le succès de la négociation avec le sieur Bussy à Londres. Voilà ce qui doit faire dans le moment présent toute notre attention.

Je vous renvoie ci-clos la lettre que le duc de Choiseul vous a faite.2 Vous lui répondrez, en termes honnêtes et convenables, que, quant aux deux officiers qu'il, réclame, je suis tout prêt à les rendre, dès que M. de Choiseul donnera des ordres à ce que l'échange des prisonniers se fasse, conformément au cartel établi entre nous, [contre ceux] que les Français ont fait sur les miens l'hiver ou le printemps passé aux environs de Gœttingue ou de la Thuringe, et [qui], à ce que je m'en souviens, consistent en 3 officiers et une trentaine de soldats. D'abord que M. de Broglie aura ordre sur cet échange, on arrangera tout de notre part en conformité du cartel. Vous ajouterez que le cas du marquis de Fraigne3 était tout autre et bien différent; que celui-ci avait fait ouvertement le métier d'espion, dont nous avions toutes les preuves en main; que, selon les droits et coutumes de guerre, nous aurions été autorisés de le faire pendre, si la considération pour ceux à qui il avait l'honneur d'appartenir, ne nous avait mû d'agir plus modérément à son égard et de le garder en prison, où il restera jusqu'à



1 Pondichery hatte am 16. Januar capitulirt.

2 D. d. Versailles 11. Mai.

3 Vergl. Schäfer a. a. O. Bd. II, Abth. 1, S. 54. 55.