<217> de guerre sont des projets compliqués où il faut le concours d'une infinité de volontés et de hasards pour qu'elles réussissent. Il faut pour l'article des subsistances des soins bien particuliers; il faut que le temps vous favorise; que les nouvelles qu'un général reçoit, soient toutes vraies; qu'une infinité d'officiers qui doivent exécuter les ordres, s'en acquittent avec la dextérité et l'intelligence qu'il faut pour cette espèce d'expéditions; qu'ils entrent eux-mêmes dans les vues que l'on a, et qu'il n'y ait point de mésentendu dans l'exécution: en un mot, il est bien difficile de prendre des mesures aussi sûres qu'on puisse démontrer ou avoir une conviction physique de leur réussite. Il arrive encore souvent que de vrais hasards font tourner à bien des fautes que font les généraux, et d'autres hasards et une certaine malignité du destin fait mal réussir les plus belles dispositions que l'on a faites; mais le public, qui juge sur l'événement et qui n'est pas en état de juger de la disposition, condamne les malheureux et approuve les heureux.

La flotte invincible que Philippe III ou IV d'Espagne1 arma, pour abîmer l'Angleterre, fut détruite par un coup de vent; la Hollande subjuguée par Louis XIV fut sauvée par une digue que l'on perça à propos; la ville de Crémone, dont le prince Eugène se voyait déjà le maître, ne resta pas long-temps dans sa puissance: un pont cassé sur le chemin que le prince de Vaudemont devait prendre, détraqua l'exactitude, sur quoi était fondé la réussite de cette entreprise.

Je pourrais citer, à la suite d'aussi grands exemples, la campagne que j'ai faite en Bohême, l'année passée. Tout cela fait voir suffisamment combien le chapitre des incidents est dangereux à la guerre, et que les pauvres généraux sont toujours à plaindre; l'amour propre du public se plaît à les critiquer, et tel qui ne mènerait pas un parti de neuf hommes, arrange des armées, corrige la conduite des généraux et ne laisse pas de penser impudemment dans le fond de son cœur: « Ma foi, je ferais bien mieux, si j'étais dans sa place ».

Je suis informé de tous les secours que la Reine destine pour son année de Bohême, mais je vous prie de dormir tranquillement sur ce chapitre et de vous en reposer sur nous.

Je vous prie, ayez soin de faire faire ce burin;2 je me charge des frais, mais je voudrais que le dessin en fût beau et quelque chose à quoi l'on pût connaître le détail de ces 76 drapeaux.

Je m'aperçois que je bavarde prodigieusement; c'est un peu tard à la vérité, mais n'importe; je vous salue donc, Monsieur le Comte, et je vous prie de ne point oublier ceux qui sont ici sous les armes pour purger l'Empire de ses tyrans et venger les injures que l'orgueil, la rage et la fureur impuissante de l'infâme triumvirat, que vous connaissez, ont voulu faire à la Prusse. Adieu.

Federic.

Nach der Ausfertigung. Eigenhändig.



1 Philipp II.

2 Zum Andenken an die Schlacht bei Hohenfriedberg. Vergl. S. 198.