2934. AU MINISTRE D'ÉTAT COMTE DE FINCKENSTEIN A SAINT-PÉTERSBOURG.

Potsdam, 13 février 1748.

La relation que vous m'avez faite du 27 du janvier dernier, m'est bien parvenue. Comptez que vous vous trompez quand vous êtes dans l'idée comme si le corps auxiliaire russien pouvait s'arrêter en Bohême et dans la Moravie pour y remplacer les régiments autrichiens qu'on enverrait en ce cas dans les Pays-Bas. Tout ce que la cour de Vienne a actuellement de troupes dans lesdites provinces, ne va que tout au plus qu'à quatre ou cinq mille hommes : peut-on raisonnablement croire que les Puissances maritimes voudraient se contenter d'un pareil nombre et payer 30,000 Russes afin que ceux-ci le relevassent? Ainsi donc, soyez sûr qu'il est arrêté une fois pour toutes que les troupes russiennes marcheront par la Pologne, qu'elles entreront en Moravie et en Bohême, où la reine de Hongrie leur mettra peut-être la nappe pour une quinzaine de jours, afin qu'elles s'y reposent un peu, et qu'elles seront employées alors par les Puissances maritimes, qui les paient, dans les Pays-Bas pour la défense de la Hollande et pour égaliser par leur nombre l'armée des alliés à celle de la France. Ce sont des choses constatées, ainsi que j'attends dorénavant de vous plutôt des détails militaires que de politique à ce sujet, savoir quand les troupes russiennes se sont mises en marche, quelles dispositions on a faites à cet égard, si la maladie du prince Repnin a obligé la cour de Pétersbourg à nommer, en attendant son rétablissement, quelque autre chef, quand et comment les troupes sont entrées dans la Pologne, et de pareils particularités intéressantes.

Quant au traité fait entre la cour de Pétersbourg et les Puissances maritimes par rapport à ce corps auxiliaire, ne vous donnez plus de mouvements pour en être instruit, puisque je le suis suffisamment et d'autres choses encore que vous ne savez pas. Au lieu de tout cela, mandez-moi des nouvelles de ce qui se passe à la cour où vous êtes qui puissent mériter mon attention et tâchez d'approfondir comment la cour de Dresde y est à présent, s'il y a encore une parfaite intelligence entre elle et celle de Russie, ou s'il y a du rafroidissement. Au reste, vous m'avez fait plaisir par l'envoi du caviar, et je vous sais bon gré de l'attention que vous m'avez témoignée là-dessus.

Federic.

Nach dem Concept.