3503. AU CONSEILLER BARON LE CHAMBRIER A PARIS.

Berlin, 4 mars 1749.

J'ai reçu votre dépêche du 17 février. Je crois bien que la cour de France distribue assez mal ses fonds, et que c'est la raison pourquoi leurs affaires sont si mal disposées; mais je crois aussi que, dans la présente situation des affaires de l'Europe, la France n'a pas tant besoin de forces réelles que de montrer une certaine fermeté, et l'on m'a voulu assurer qu'elle serait par là en état de sister toutes les mauvaises intentions de nos ennemis communs.

Le baron de Scheffer, ministre de Suède en France, vient d'écrire ici en date du 17 de février que, sur les différentes représentations qu'il avait faites au marquis de Puyzieulx par rapport à l'orage dont la Suède se voyait menacée et sur les promptes mesures qu'il fallait prendre pour le conjurer de bonne heure, le marquis de Puyzieulx, après en avoir fait son rapport au Roi dans son Conseil, lui. avait répondu que la France avait résolu de faire une vigoureuse déclaration aux cours de Londres et de Danemark, portant que, comme Sa Majesté Très Chrétienne avait fait des sacrifices considérables pour rétablir la paix en Europe, elle ne souffrirait jamais qu'on la troublât de nouveau, dans le Nord, ou qu'on attaquât un de ses alliés, puisqu'elle, dans ce cas-là, était résolue de s'y opposer de toutes ses forces et d'employer pour cela toutes les ressources qu'elle avait, pour l'empêcher et pour soutenir ses alliés; que, de plus, elle assisterait la Suède de sommes plus considérables qu'étaient les subsides qu'on lui avait payés jusqu'ici, et que d'ailleurs l'on ferait les démarches nécessaires auprès de la Porte Ottomane pour la porter de faire ce qu'il fallait à l'égard de la Russie pour l'empêcher d'écraser la Suède. Je suis fort surpris que vous ne m'avez rien mandé de tout ceci et surtout du premier point de cette résolution, qui n'aura pas pu manquer à votre connaissance, et j'attends encore de vous de savoir précisément si la résolution donnée au ministre de Suède a été justement telle que je vous l'ai marquée. J'ajoute encore que je ne suis pas moins surpris de ce que vous ne m'avez rien répondu jusqu'ici à la dépêche importante que je vous ai faite en date du 25 du janvier passé, ni même accusé sa réception, et, pour que je sois plus embarrassé si mes<401> dépêches vous sont bien parvenues ou non, vous ferez bien d'accuser toujours dans vos rapports celles qui vous ont été rendues.

Au surplus, la déclaration que l'Angleterre a fait faire à la France par le colonel de Yorke par rapport à l'envoi du duc de Richmond,401-1 doit servir à celle-ci d'avis au lecteur de ce qu'elle a à attendre de la hauteur des Anglais, si elle n'y obvie de bonne heure par des démarches de fermeté à l'égard de celle-ci.

Federic.

Nach dem Concept.



401-1 Nach Chambrier's Bericht vom 17. Februar hatte der König von England die Sendung des Herzogs von Richmond als Botschafter nach Paris davon abhängig gemacht, dass der Reciprocität halber der französische Botschafter in London, Marquis de Mirepoix, zum Marschall von Frankreich oder zum Herzog creirt würde.