3606. AU MINISTRE D'ÉTAT COMTE DE PODEWILS, ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE, A VIENNE.

Potsdam, 12 avril 1749.

S'il y a du refroidissement à la cour où vous êtes par rapport aux affaires du Nord, et qu'on s'empresse moins à présent à mettre en exécution la résolution prise de faire camper les troupes, il se peut, comme vous le présumez dans votre dépêche du 2 de ce mois, que la résolution que j'ai prise de me mettre sur la défensive contre toute surprise, y ait sa part; mais je crois qu'une raison encore plus grave en est que, malgré tous les efforts que les deux cours impériales ont faits pour faire entrer l'Angleterre dans leurs concerts pris, la cour de Londres a écrit à Vienne et dans le Nord, au moins selon ce que les ministres anglais l'ont assuré au ministre de France et au mien à Londres, que l'Angleterre n'était nullement intentionnée de mettre obstacle à la succession telle quelle était établie en Suède, et que, tandis qu'on ne toucherait point à la forme du gouvernement en Suède et que les alliés de l'Angleterre ne seraient point attaqués, on ne devrait point compter sur son secours.

On m'a appris, à cette occasion, une anecdote que je ne veux point vous laisser ignorer, savoir que ce n'était qu'un ouvrage de la cour de Vienne que l'origine de l'orage qui s'était élevé depuis quelque temps dans le Nord, et qu'elle avait trouvé des facilités dans le roi d'Angleterre et dans le duc de Newcastle à Hanovre, mais que cela n'avait pas été la même chose à Londres. Le prétexte des arrangements à prendre entre les deux cours impériales et celle de Londres et de Copenhague avait été les affaires du Nord, pour empêcher le rétablissement de la souveraineté en Suède, sur des avis qu'on a prétendu avoir d'un parti formé en ce pays-là qui serait soutenu par moi; que c'était ainsi que la cour de Vienne lavait insinué pour engager l'Angleterre, afin que, lorsque la guerre serait une fois entamée, l'Impératrice-Reine pût trouver le moment favorable de reprendre la Silésie. Le rôle que l'Angleterre aurait dû jouer, avait été une neutralité armée. Mais lorsqu'on était venu de plus près, en Angleterre, à l'examen de tout ce qui s'était passé à Hanovre, le plan n'avait pas eu le succès qu'on s'était flatté, ainsi qu'il y avait un espèce de refroidissement entre le duc de Newcastle et les autres membres du conseil; mais que le premier avait été obligé de plier et que l'on avait écrit que l'Angleterre, à la sortie d'une guerre onéreuse, ne pouvait prendre des engagements qui pourraient l'entraîner dans une nouvelle; que cette correspondance s'était soutenue pendant quelque temps; mais, les insinuations de la cour de Vienne n'étant plus goûtées, il y était entré de l'aigreur de la part de la dernière, au point qu'elle menace de publier de quelle façon le roi d'Angleterre lui avait manqué de parole dans les promesses faites à Hanovre; car on prétendait que la cour de Vienne ne s'était<492> déterminée à l'accession au traité définitif que dans l'espérance que le duc de Newcastle lui avait donnée, de l'exécution du susdit plan; mais qu'on avait écrit là-dessus une lettre très forte à Vienne dans les termes que le roi d'Angleterre avait besoin de toute sa générosité pour pardonner à la cour de Vienne sa façon d'agir et sa conduite.

Toutes ces circonstances-là ne doivent point vous empêcher que vous ne continuiez à être attentif sur tout ce que la cour de Vienne fait d'arrangements, puisque je ne saurais jamais en être assez au fait. Au surplus, comme je ferai, à la fin de ce mois, un voyage en Silésie,492-1 et que je pourrais être le 6 de mai à Neisse, ma volonté est que vous vous arrangiez de la sorte, afin que vous puissez arriver le 5 dudit mois de mai à Neisse, d'où, après vous avoir parlé, vous retournerez d'abord à votre poste à Vienne.

Federic.

Je ne sais pas pourquoi Chotek donne à votre oncle tant d'assurances de la bonne disposition où sa cour est pour nous; je n'en ai jamais douté, il s'imagine peut-être que ses campements m'inquiétaient, mais certainement je dors fort en repos pour toutes les choses que l'on fait chez vous. Je crois que le caractère de la reine de Hongrie est trop rempli de probité pour rompre les engagements récents qu'elle vient de prendre par la paix d'Aix, et d'ailleurs, quoi que l'on dise, on y pensera plus d'une fois, avant que d'en venir à cette extrémité. Henri IV disait que la guerre est une chose qui traîne une longue queue après soi: on est sûr de la commencer, mais on ne sait pas toujours comment et quelle en sera la fin. Pour moi, j'ai dit à votre oncle que, lorsque Chotek reviendrait avec son compliment, il n'avait qu'à lui dire que la Reine était maîtresse de faire chez elle ce qui lui plaisait; qu'elle fît camper ses troupes ou non, que ce nous était fort indifférent, et que nous cultiverions soigneusement son amitié tant qu'elle ne rompait pas ouvertement avec nous. Si on vous parle là-bas sur le même ton, expliquez-vous en conformité de ce que je vous ai dit ici.

Nach dem Concept. Der Zusatz nach Abschrift der Cabinetskanzlei.



492-1 Vergl. S. 405.