<234>

fait à mon arrivée ici, et qu'elle était accoutumée à fonder ses jugements plutôt sur les effets que sur des paroles. Elle changea ensuite de discours et ne me parla, que de choses indifférentes. En sortant, elle me fit remettre par le Grand-Chambellan une belle tabatière d'or garnie de brillants, que j'ai acceptée dans l'espérance que Votre Majesté l'aura pour agréable.“

Ce ne sont pas dans des affaires1 de cette nature où de petites complaisances peuvent avoir lieu, et l'Impératrice2 est trop éclairée pour en juger autrement.

Depuis, l'Impératrice s'est offerte de faire porter à la Diète de l'Empire le décret de commission pour la garantie de l'Empire,3 et l'article des dettes s'accroche encore à celui du commerce. Le Roi est intentionné de cultiver soigneusement l'amitié de l'Impératrice4 et de contribuer à tout ce qui peut raffermir le repos et entretenir une bonne harmonie entre des États5 aussi voisins, et c'est par cette raison qu'il insiste sur ce qu'on finisse tout à la fois des affaires qui serviraient continuellement de pierres6 d'achoppement entre les deux cours et qu'on ne saurait terminer séparément, sans laisser sans cesse des sujets de nouveaux démêlés et de disputes renaissantes.

En dernier lieu, on a fait quelques ouvertures à Sa Majesté sur l'élection de l'archiduc Joseph à la dignité de roi des Romains, mais ces ouvertures se sont faites après s'être arrangé avec la plupart des Électeurs, et après que le plus cadet du Collège Électoral avait mis l'Empire, pour ainsi dire, à l'enchère, en achetant les suffrages d'une façon scandaleuse qui ravalait la majesté du Corps Germanique et qui était contraire aux anciens usages et à ses lois.7

Le Roi fut affligé de l'illégalité de ces procédés, et la réponse8 qu'il fit à la cour de Vienne fut telle qu'elle la devait attendre d'un bon patriote qui n'a d'autre intérêt que celui de sa patrie.

Les affaires en sont restées là, et il est sûr que, si du Roi ou de l'Impératrice il y a quelqu'un qui ait sujet de se plaindre, c'est plutôt le Roi que cette Princesse, parcequ'il est inouï9 qu'on ait négligé de recueillir l'avis des principaux Princes de l'Empire dans aucune affaire importante, qu'on ait procédé par voie de corruption, et que, sans avoir égard aux droits des plus anciennes maisons et à la dignité des doyens du Collège Électoral, on ait voulu élire un roi des Romains,10 presque et, pour ainsi dire, contre leur aveu.



1 In der Ausfertigung: dans les affaires.

10 In der Ausfertigung: qu'on y ait procédé par des voies prohibées et sans avoir égard aux droits des plus anciennes maisons et à la dignité des principaux et plus anciens électeurs et qu'on ait voulu faire élire un roi des Romains, presque...

2 Sa Majesté l'Impératrice.

3 Vergl. S. 201.

4 In der Ausfertigung: Sa Majesté l'Impératrice.

5 entre deux États.

6 affaires qui seraient continuellement des pierres.

7 et après que le plus cadet du Collège Électoral eut mis des voies illicites, prohibées par la Bulle d'Or, et contraires au serment qu'elle exige, en usage, pour assurer une grande partie des suffrages au candidat qu'il proposait, voies qui ravalaient trop la majesté du Corps Germanique et qui sapaient par ses fondements les constitutions les plus sacrées de l'Empire.

8 Vergl. S. 133. 134.

9 In der Ausfertigung: et il est sûr que, si quelqu'un a sujet de se plaindre, c'est plutôt le Roi que l'Impératrice, puisqu'il est inouï.