5447. AU CONSEILLER PRIVÉ DE GUERRE DE KLINGGRÆFFEN A VIENNE.

Potsdam, 13 mai 1752.

Ayant appris que mon ministère du département des affaires étrangères ne vous a point encore instruit de ce que le marquis de Saint-Contest a déclaré depuis peu au comte d'Albemarle, ministre anglais à la cour de France, j'ai cru nécessaire de vous en informer, quoique uniquement pour votre direction seule. Il s'agit d'une conversation qu'il y a eu entre ces deux ministres au sujet de l'élection d'un roi des Romains, où milord Albemarle a donné les plus fortes assurances que le Roi son maître ne ferait rien qui pût blesser la gloire et les intérêts de la France et de ses alliés, ainsi qu'il avait assuré lui-même le marquis de Mirepoix,112-2 en ajoutant qu'à l'âge qu'il avait, et ayant un petit-fils mineur, l'on ne cherchait point à brouiller les affaires, aussi son but n'était que de maintenir la paix et la tranquillité. Comme ledit Milord a tâché d'insinuer en même temps que moi ne travaillais qu'à troubler la tranquillité et à causer du désordre et de la confusion, le marquis de Saint-Contest lui a nettement répondu que c'était une prévention dont il fallait se dépouiller, et que, si l'Angleterre était prévenue contre moi, il était autant permis à la France de l'être contre l'Angleterre, mais que la France savait que je ne soutenais que la paix et ne cherchais qu'à la conserver; à quoi M. de Saint - Contest a ajouté : « Vous assurez que votre cour n'entreprendra rien qui soit contraire à la gloire et aux intérêts du Roi mon maître et de ses alliés; nous de notre côté n'avons aussi d'autre désir que de vivre en bonne intelligence avec l'Angleterre et ses alliés; mais si on attaquait le roi de Prusse, le lendemain nous vous ferions la guerre. » Déclaration qui n'a pas laissé de faire impression au comte Albemarle, et que je n'ai pas voulu vous laisser ignorer.

Quant aux négociations du lord Hyndford à Vienne, je présume qu'il ne doit pas être bien content de la roideur de la cour de Vienne envers la république de Hollande; aussi en est-on bien instruit à la Haye, et, si mes avis accusent juste, on remarque plus de répugnance de la part des États Généraux contre l'accession de la République au traité de Pétersbourg que jamais.

Je vous sais tout le gré imaginable de l'avertissement que vous m'avez donné que milord Hyndford mêle aussi dans ses négociations les affaires d'Ostfrise et de Mecklembourg; je m'en suis douté que le roi<113> d'Angleterre ne voudrait employer tout-à-fait gratis ses soins pour l'élection d'un roi des Romains; aussi je vous recommande de porter toute votre attention à bien pénétrer ce que milord Hyndford a fait de propositions là-dessus et de quelle manière la cour de Vienne les a envisagées.

Au reste, ce qu'on vous a dit au sujet de l'arrangement des finances de la Reine-Impératrice et du bon ordre qui y régnait partout, a été un peu trop relevé et brodé ; comme je sais, moi, par expérience ce que c'est que des arrangements de finances, je crois que la cour de Vienne a fait quelque chose et même beaucoup relativement à l'état dérangé ou étaient autrefois ses finances, mais qu'il s'en faut beaucoup encore qu'elle soit arrivée à cet ordre qu'on vous a accusé, et, quant à la Bohême, je sais qu'elle est surchargée d'impôts, en sorte qu'elle ne saurait le soutenir à la longue.

Federic.

Nach dem Concept.



112-2 Vergl. S. 91.