5508. AU PRINCE DE PRUSSE A BERLIN.

[Potsdam], 1er juillet 1752.

Mon cher Frère. Une des choses les plus désagréables de ma condition est que je me vois obligé de refuser souvent les demandes qu'on me fait, et quelquefois même malgré moi. Il n'y a rien que d'innocent, de raisonnable et de juste dans ce que vous me demandez, mon cher frère, et je suis mortifié de vous dire cependant que cela ne se peut pas. Ce n'est pas moi qui vous empêche d'aller en Suède, mais la Russie, la cour de Vienne et même celle de Versailles : ennemis et amis me soupçonnent de pousser ma sœur dans toutes ces démarches de vivacité que vous lui voyez faire. Si, dans ce moment où elle s'est brouillée avec le parti qui l'a placée sur le trône, avec ce Sénat qui l'a appelée, avec les Français qui l'ont protégée, vous passiez là, tout le monde dirait que je vous envoie là-bas chargé de commissions si miportantes que je ne les ai voulu confier qu'à vous; toutes les brouilleries qui arriveraient dans ce pays pendant votre séjour, la France m'en chargerait; toutes les démarches que ma sœur ferait vers la souveraineté, la Russie et l'Autriche m'en accuseraient, quoique je ne me sois certainement mêlé de ces affaires que pour calmer l'esprit trop vif et trop emporté de ma sœur.

Dans les conjonctures présentes, votre voyage, mon cher frère, me donnerait du chagrin et des affaires fâcheuses; ma sœur, au lieu de jouir des douceurs de l'amitié, n'en recueillirait que du désagrément, et Je crois qu'il vaut mieux attendre que la Suède ne soit plus l'objet d attention principale de l'Europe, pour faire ce voyage. Je vous promets<152> de vous le dire, dès que je croirai que ce voyage pourra se faire sans conséquence, en vous assurant de la tendresse parfaite avec laquelle je suis, mon cher frère, votre très fidèle frère et serviteur

Federic.

Nach der Ausfertigung. Eigenhändig.