5762. AU LORD MARÉCHAL D'ÉCOSSE A PARIS.

Potsdam, 10 février 1753.

Je ne saurais aujourd'hui qu'accuser votre dépêche du 29 passé et vous renvoyer, au surplus, pour ce qui regarde les affaires de Manheim, à ce que je vous ai fait apprendre par mes dépêches ordinaires. J'ajoute encore que je serais bien aise de savoir de vous de quelle manière les ministres français pensent sur les différents armements que la cour de Copenhague fait faire, et sur la manière équivoque dont celle-ci se conduit actuellement par rapport à ses desseins. A la vérité j'ai toute la peine du monde à me persuader que dans la situation présente des affaires le Danemark voudrait hasarder d'entreprendre sur qui que ce soit; mais, d'un autre côté, je ne saurais à quel but attribuer tous ces apprêts de guerre qu'on y fait, et ces ordres réitérés qu'on donne aux troupes de se tenir prêtes à marcher au premier ordre et de se pourvoir de tout ce qui faut pour tenir campagne, pour ne pas parler ici des soupçons que mes nouvelles de Copenhague me confirment de jour en autre que le baron de Bernstorff était en relations secrètes avec les cours de Vienne, de Londres et de Russie, et de l'apparence qu'il y avait qu'il se préparait des évènements pour renverser le système que la cour de Danemark avait adopté jusqu'à présent, et qu'enfin toutes les démarches du gouvernement étaient des plus suspectes, et qu'au reste l'on n'ignorait pas le penchant du Roi pour l'Angleterre, de sorte qu'il ne coûterait au baron de Bernstorff à lui inspirer que ses intérêts présents demandaient des liaisons étroites avec l'Angleterre, pour faire changer ce Prince de système. Je serais bien aise que vous m'instruisiez si les ministres de France sont informés de ces circonstances et de quel œil ils les regardent.

Federic.

Nach dem Concept.