7. DU MARQUIS D'ARGENS.

Berlin, 1er août 1742.



Sire,

Oserai-je prendre la liberté de faire ressouvenir Votre Majesté qu'il y a environ huit mois qu'elle eut la bonté de me promettre que,<8> lorsque je me retirerais à Berlin, elle m'accorderait une pension de mille florins? Si vous trouvez, Sire, cette pension trop considérable, vous pouvez la réduire à ce qu'il vous plaira, et je serai toujours très-content. Ce n'est pas l'appât des bienfaits qui m'a amené à Berlin, mais la satisfaction de vivre sous un prince qui permet aux hommes de penser, et qui pense si bien lui-même.

Au reste, V. M. peut être assurée que je n'ai plus rien à démêler avec madame la Duchesse, que j'ai quittée de la manière la plus polie, ainsi que vous l'avez pu voir par sa lettre; et, quant aux choses auxquelles elle marquait que V. M. pouvait m'accorder une entière confiance, il s'agit d'un nombre très-considérable de recrues que la Duchesse voudrait faire avoir à V. M., et pour la levée desquelles elle a trouvé une opposition marquée dans quelques membres du conseil. Cette opposition peut cependant être surmontée, et j'espère qu'elle le sera même bientôt. J'ai écrit encore avant-hier à madame la Duchesse sur cet article. Je n'ose point, Sire, entrer dans un plus grand détail, dans la crainte de vous ennuyer.

Je supplie donc V. M. de vouloir me faire instruire de ce qu'elle voudra bien résoudre à mon sujet, puisque sa réponse doit régler l'étendue de ma dépense, et qu'il convient plus à un homme de lettres qu'à qui que ce soit de fuir le dérangement. De quelque manière que V. M. décide sur la pension que je lui demande, je serai toujours très-satisfait, et, ne m'accordât-elle jamais aucune grâce, je serais également content d'avoir fait un voyage qui m'a procuré le bonheur de voir un prince véritablement digne de commander aux hommes. Je suis, etc.