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Pour vous, le dieu du jour, Apollon votre père.
Vous obombra de ses rayons,
De ce feu pur, élémentaire,
Dont l'ardeur vous soutient en toutes les saisons.

Le feu que jadis Prométhée
Ravit au souverain des dieux.
Ce mobile divin dont l'âme est excitée,
M'abandonne, et s'élance aux cieux.

Le génie éleva votre vol au Parnasse;
Au chantre de Henri le Grand,
Au-dessus d'Homère et d'Horace,
Les Muses et les dieux assignèrent le rang.

Mars, auquel je vouai ma jeunesse imprudente,
M'éblouit par l'éclat de ses brillants héros;
Mais, usé par ses durs travaux,
Je vieillis avant mon attente.

Quand nos foudres d'airain répandent la terreur,
Que la mort suit de près le tonnerre qui gronde.
Héros de la Raison, vous écrasez l'Erreur,
Et vos chants consolent le monde.

Un guerrier vieillissant, fût-il même Annibal.
En paix voit sa gloire éclipsée;
Ainsi qu'une lame cassée,a
On le laisse rouiller au fond d'un arsenal.

Si le destin jaloux n'eût terminé son rôle,
On aurait vu le Tasse, en dépit des censeurs.
Triompher dans ce Capitole
Où jadis les Romains couronnaient les vainqueurs.

Mais quel spectacle, ô ciel! je vois pâlir l'Envie;
Furieuse, elle entend, chez les Sybaritains,
Que la voix de votre patrie
Vous rappelle à grands cris des monts helvétiens.


a Ainsi qu'une lance cassée. (Variante des Œuvres posthumes, t. IX, p. 251.)