<406> en Pologne, et dont le plat pays aura besoin en bien des contrées pour gagner le mois de décembre. Les maladies contagieuses font un ravage cruel en Bohême; celles qui règnent en Saxe sont moins considérables. Jusqu'ici, heureusement, nous n'en avons pas de dangereuses. Le temps favorable nous promet une bonne récolte, mais il y a encore quelques hasards à courir; toutefois pouvons-nous bien espérer. Je crains que mes sœursa ne se complairont pas fort à Wusterhausen;b elles se rappelleront un vieux rêve, et, à l'exception de leurs personnes, elles ne trouveront aucun de ceux qu'elles y ont vus dans leur jeunesse. Cette vue leur réveillera le triste souvenir des pertes que notre famille a faites. Pour moi, j'évite avec soin tous les endroits où j'ai vu des personnes que j'ai aimées; leur souvenir me rend mélancolique, et quoique je sois tout préparé à les suivre dans peu, je souffre cependant de ne plus jouir de leur présence. Quand je pense aux personnes avec lesquelles j'ai vécu avant la dernière guerre, je suis tout étonné de ne retrouver plus personne.c Les générations passent avec une rapidité étonnante. Les animaux et les végétaux, tout se renouvelle sans cesse, et ensuite tout disparaît. Je souhaite, mon cher frère, pour le bien de cet État, que vous ne disparaissiez pas de sitôt, et que vous soyez bien persuadé de la tendresse infinie avec laquelle je suis, etc.


a La duchesse de Brunswic, la reine douairière de Suède et la princesse Amélie.

b Frédéric-Guillaume Ier avait coutume de séjourner chaque année avec sa famille à Wusterhausen (Königs-Wusterhausen), de la fin du mois d'août au commencement de novembre, pour s'y livrer au plaisir de la chasse. Voyez (David Fassmann) Leben und Thaten des Königs von Preussen Friderici Wilhelmi, t. I, p. 886 et suivantes; Mémoires de la margrave de Baireuth, t. I, p. 99, 123 et 327-329; enfin, t. I, p. 181 et 182, et t. XXV, p. 550 et 551 de notre édition.

c Voyez t. XVIII, p. 162, 176 et 208; t. XIX, p. 348, 349 et 425; t. XX, p. 312, 326 et 327.