<211>tèrent vivement Thomasius, savant professeur de Halle; il couvrit de ridicule les juges et les procès de sorcellerie; il tint des conférences publiques sur les causes physiques et naturelles des choses, et déclama si fort, qu'on eut honte de continuer l'usage de ces procès; et, depuis lui, le sexe put vieillir et mourir en paix.

De tous les savants qui ont illustré l'Allemagne, Leibniz et Thomasius rendirent les plus grands services à l'esprit humain : ils enseignèrent les routes par lesquelles la raison doit se conduire pour parvenir à la vérité; ils combattirent les préjugés de toute espèce; ils en appelèrent, dans tous leurs ouvrages, à l'analogie et à l'expérience, qui sont les deux béquilles avec lesquelles nous nous traînons dans la carrière du raisonnement; et ils firent nombre de disciples.

Les réformés devinrent plus pacifiques sous le règne de Frédéric-Guillaume, et les querelles de religion cessèrent. Les luthériens profitèrent de ce calme : Francke, ministre de leur parti, établit, sans y mettre du sien, un collége à Halle, où se formaient de jeunes théologiens, et dont sortirent dans la suite des essaims de prêtres, qui formèrent une secte de luthériens rigides, auxquels il ne manquait que le tombeau de saint Pâris,a et un abbé Bécherandb pour gambader dessus; ce sont des jansénistes protestants, qui se distinguent des autres par leurs rigidités mystiques. Depuis parurent toutes sortes de quakers, les zinzendorffiens, les gichteliens, sectes plus ridicules les unes que les autres, qui, outrant les principes de la primitive Église,51 tombèrent dans des abus criminels.


51 La communauté des biens et l'égalité des conditions : on dit même qu'ils lisent également des femmes dans leurs assemblées.

a François de Pâris, diacre de la paroisse de Saint-Médard à Paris, mort le 1er mai 1727, était un prêtre jésuite, qui hâta sa mort par des mortifications volontaires; il passait alors pour un saint, et l'on croyait généralement que des miracles avaient lieu sur son tombeau.

b Cet abbé avait une jambe plus courte que l'autre; et, pour l'allonger, il allait gambader sur le tombeau du diacre Pâris. Ce fut lui qui le premier eut des convulsions, en 1731. Arrêté et mis à Saint-Lazare en février 1732, il ne recouvra sa liberté que le 5 avril de la même année.