212. A L'ÉLECTRICE MARIE-ANTONIE DE SAXE.

(Potsdam) 10 février 1778.



Madame ma sœur,

La goutte, que j'ai eue à la main droite, doit me servir d'excuse légitime envers V. A. R. du délai que j'ai mis à répondre à sa gracieuse lettre. J'entre dans tous les chagrins domestiques dont elle est affligée; mais, madame, telle est la condition des hommes, qu'il n'en est aucun, dans l'univers, à l'abri de ces sortes d'infortunes. Il faut plier sous la nécessité des causes qui amènent les événements, non pas comme nous les désirons, mais selon que l'exigent des combinaisons à jamais cachées à nos yeux. V. A. R. a témoigné de la fermeté dans tant d'occasions pénibles où elle s'est trouvée, et j'ai tant de confiance dans sa grandeur d'âme, que j'espère avec assurance que, dans le cas présent, elle saura prescrire des bornes à sa douleur. Le malheureux coup qui l'afflige est arrivé contre l'attente de toute l'Europe; on pouvait présumer qu'un prince robuste et sain jouirait encore d'une longue vie. Cependant l'enfant meurt au berceau, comme le vieillard octogénaire; tous les âges sont égaux pour la mort, qui ne respecte ni les années, ni les dignités. Je souhaite seulement qu'elle <312>épargne la divine Antonia, et que je puisse encore réitérer longtemps à cette princesse les assurances de la considération infinie avec laquelle je suis, etc.