<31>la vôtre de roses et d'oeillets. A la vérité, vous ne serez pas chez nous dans le paradis, mais dans une contrée bien sablonneuse, où cependant les vrais philosophes sont plus estimés que chez les juifs les chérubins et les séraphins.

Je vous félicite du ministère philosophique dont le seizième des Louis a fait choix. Je souhaite qu'il se maintienne longtemps, ce ministère, dans un pays où l'on veut sans cesse des nouveautés, et où la scène est toujours mobile; gare que leur règne ne soit de courte durée! Divus Etallundus vient d'arriver. Nous lui préparons une niche comme martyr de la philosophie et du bon sens, et nous espérons qu'il opérera incessamment des miracles, par exemple, qu'il rendra complétement fous ses persécuteurs, qu'il fera mettre les fanatiques aux Petites-Maisons, qu'il ressuscitera La Barre et Calas, enfin qu'il décorera dignement la tête de tous vos sorboniqueurs. Si vous voyez là-bas quelque commencement de pareils miracles, ne manquez pas de m'en avertir, pour qu'on les note dans la légende du saint.

Quant à ce que vous me proposez touchant notre Académie, je crois que la place a été donnée avant l'arrivée de votre lettre; cela n'empêche pas qu'à la première occasion je ne puisse y déférer. Enfin venez vous-même, comme vous me le faites espérer, pour rendre la vie à cette Académie, dont vous êtes l'âme, quoique absent, et recueillez ici les approbations sincères et les marques d'amitié d'un peuple obotrite qui vous rend plus de justice que vos compatriotes. Sur ce, etc.

165. DE D'ALEMBERT.

Paris, 15 décembre 1775, anniversaire de la bataille
de Kesselsdorf.



Sire,

Je suis absolument de l'avis de Votre Majesté, et nullement de celui du charlatan Posidonius; je pense que la goutte est un grand