<81>ce qu'il faut pour l'exécuter. On tient donc du pain et du biscuit tout prêts pour huit ou dix jours. Quant aux fatigues, à moins qu'elles n'aient été excessives, il faut faire dans des jours extraordinaires des choses extraordinaires. Après avoir vaincu, je veux donc que l'on fasse un détachement des régiments qui ont le plus souffert, qui auront soin des blessés, et qui les feront emporter à l'hôpital qu'on leur a préparé, songeant premièrement aux vôtres, et ne manquant pas d'humanité pour ceux des ennemis. Quant à l'armée, elle poursuivra l'ennemi jusqu'au premier défilé, et dans ces premiers tempsa il ne tiendra nulle part, pourvu qu'on ne lui laisse pas le temps de revenir à lui-même. Cependant campez-vous toujours selon les règles, et ne vous endormez pas. Si la bataille a été bien complète, on peut détacher, ou pour couper la retraite à l'ennemi, ou pour s'emparer de ses magasins, ou pour faire le siége de trois ou quatre villes à la fois. Je ne puis point donner de règle générale là-dessus; il faut se régler sur les événements. J'ajoute seulement qu'il ne faut jamais s'imaginer d'avoir tout fait, lorsqu'il reste encore quelque chose à faire,b ni s'imaginer que votre ennemi, s'il est habile, ne profitera pas de vos fautes, quoiqu'il soit vaincu.

14. DES AFFAIRES DE DÉTACHEMENT.

Ce qui se pratique dans les armées les jours de bataille se fait de même en petit dans les combats de détachement. Lorsque les détachements peuvent se ménager un petit secours qui leur arrive pendant l'action, cela détermine ordinairement l'événement en leur faveur, car l'ennemi, voyant arriver ce renfort, se le représente le triple plus fort, et se décourage. Lorsque notre infanterie n'a affaire qu'à des hussards, on la range souvent sur deux files; elle en occupe un plus grand front, charge plus commodément, et c'est faire assez d'honneur aux hussards que de leur présenter un corps sur deux files.


a In der ersten Consternation. (Traduction, p. 173.)

b Voyez t. X, p. 288, et t. XVIII, p. 117 et 118.