<82>commandement du prince de Bevern,b traversa la Lusace, où ayant été jointe à Elsterwerda par vingt-cinq escadrons de cuirassiers et de hussards venant de la Silésie, elle se porta sur Bautzen, sur Stolpen, et enfin sur Lohmen. Le prince Ferdinand arriva en même temps à Cotta, de sorte que, par la jonction de ces trois colonnes aux environs de Pirna, les troupes saxonnes se trouvèrent entièrement bloquées. Cependant le voisinage de tant d'armées ne donna lieu à aucun incident : on ne commit aucune hostilité; les Saxons souffrirent avec beaucoup de civilité qu'on les affamât, et chacun de son côté tâcha d'assurer son établissement le mieux qu'il put. Le roi de Pologne, dans l'intention de gagner du temps, entama une négociation :c il était plus aisé pour les Saxons décrire que de se battre; ils firent à plusieurs reprises des propositions qui, n'ayant rien de solide, furent rejetées. Leur but était d'obtenir une parfaite neutralité; c'était à quoi le Roi ne pouvait pas donner les mains, parce que les engagements du roi de Pologne avec la cour de Vienne, la Russie et la France lui étaient trop bien connus.

Les Saxons faisaient alors retentir toute l'Europe de leurs cris; ils répandaient les bruits les plus injurieux aux Prussiens sur leur invasion dans cet électorat : il était nécessaire de désabuser le public de toutes ces calomnies, qui n'étant point réfutées, s'accréditaient, et remplissaient le monde de préjugés contre la conduite du Roi. Depuis longtemps le Roi possédait la copie des traités du roi de Pologne et des relations de ses ministres aux cours étrangères. Quoique ces pièces justifiassent pleinement les entreprises de la Prusse, on ne pouvait en tirer parti : si on les eût publiées, les Saxons les auraient taxées de pièces supposées et forgées à plaisir pour autoriser une conduite audacieuse qu'on ne pouvait soutenir que par des mensonges; cela obligea d'avoir


b Le prince de Brunswic-Bevern ci-mentionné est Auguste-Guillaume, né en 1715, dont le nom paraîtra souvent jusqu'à la bataille de la Lohe, à la suite de laquelle il retourna à son gouvernement de Stettin. En 1750 il devint lieutenant-général, et le 28 février 1759 il fut nommé général de l'infanterie. Depuis 1741 jusqu'à sa mort, arrivée en 1781, il a été chef du régiment d'infanterie no 7 de la Stammliste de 1806.

c A la fin de ce volume on trouve cette Correspondance de Frédéric avec le roi de Pologne.