SCÈNE IV.
Le théâtre représente le cabinet de Sylla.
SYLLA.Métellus a raison. Quand je réfléchis à ce qu'il me dit, quand je repasse toutes mes actions, quand je pense comment avec un cœur généreux j'ai pu devenir barbare, je me cherche dans moi-même, et je ne me retrouve plus. . .a Mais quand on est monté à ce haut degré de gloire où je suis, peut-on en descendre sans risque? Ah, puissance! ah, grandeur! ah, gloire! peut-on vous abandonner sans repentir? Et toi, tendre objet de mes vœux, ô beauté qui seule peux me rendre heureux! souffrirai-je que tu passes dans les bras d'un Posthume, d'un citoyen enveloppé dans le nombre des proscrits, que j'ai sauvé par ma clémence, d'un citoyen obscur qui haranguait au barreau lorsque je remportais des victoires, qui lisait dans les jardins délicieux de Rome la suite de mes conquêtes, tandis que je vengeais la patrie? ... Mais l'ai-je vengée pour elle ou pour moi? Elle me dit : Sylla, je t'ai revêtu de ma puissance, je t'ai mis à la tête de mes légions; quel usage as-tu fait du bien que je t'ai confié? M'as-tu opprimée comme ces enfants rebelles dont tu m'as vengée, ou, plus perfide qu'eux, t'es-tu servi de mes armes pour me subjuguer moi-même? .... Es-tu Romain, Sylla? ... Oui, je le suis, et je veux l'être. Quoi! serais-je l'opprobre de la génération future, en horreur à mes concitoyens, en exécration dans l'univers? Le nom de Sylla sera-t-il cité avec ceux des Denys, des Phalaris, des Tarquins? Montrons des vertus dignes des premiers temps de la république. Ce Posthume que tu accuses, Sylla, est un citoyen fidèle, qui méprise la grandeur et la fausse gloire, qui n'aime que la vertu, et qui me redemande Octavie, que je lui ai enlevée.(Il appelle Chrysogone.)
a Maintenant je me cherche, et ne me trouve plus.