<130>l'infanterie prussienne du centre et de la droite avait gagné quelque terrain, sans cependant avoir emporté d'avantage considérable. Ces bataillons, qui tous avaient beaucoup souffert du canon et du feu des petites armes, étant fondus à moitié, faisaient entre eux des intervalles du triple plus spacieux qu'ils ne devaient l'être, et puisqu'il n'y avait ni seconde ligne ni réserve, il fallut y suppléer par des régiments de cuirassiers qu'on plaça à quelque distance derrière ces ouvertures. Le régiment de Prusse cavalerieb attaqua même un gros de l'infanterie ennemie, et l'aurait détruit, si une batterie chargée à mitraille n'eût pas été exécutée à propos contre lui; il rebroussa chemin en confusion, et renversa les régiments de Bevern et de Henri qui étaient derrière lui; l'ennemi s'aperçut de ce désordre; il lâcha aussitôt sa cavalerie, qui, profitant de ce moment, rendit le désordre général. Le Roi voulut faire charger des cuirassiers qui étaient à portée, et qui auraient pu réparer les choses en partie; il lui fut impossible de les mettre en mouvement : il eut recours à deux escadrons de Truchsess,c qui prirent la cavalerie ennemie en flanc, et la ramenèrent au pied de ses montagnes. Il n'y avait de cette ligne d'infanterie que le premier bataillon des gardes qui tînt encore à la droite; il avait repoussé quatre bataillons d'infanterie et deux régiments de cavalerie qui avaient voulu l'entourer; mais un bataillon, quelque brave qu'il soit, ne saurait seul gagner une bataille. M. de Hülsen, avec son infanterie, et quelque cavalerie qu'on lui avait envoyée, maintenait encore son terrain, savoir, cet emplacement dont il avait chassé les Autrichiens au commencement de l'action; il y resta jusqu'au soir à neuf heures, qu'il fut obligé de se retirer, de même que l'armée. Le prince Maurice mena les troupes à Nimbourg, où il passa l'Elbe, sans qu'un seul hussard de l'ennemi le suivît.
Cette action coûta au Roi huit mille hommes de sa meilleure infanterie;a il y perdit seize pièces de canon, qui ne purent se
b C'est le régiment de cuirassiers no 2. Voyez t. III, p. 154.
c Le troisième régiment de dragons de la Stammliste de 1806, qui est resté jusqu'aujourd'hui le troisième régiment. Voir t. II, p. 83.
a Chrétien-Sigefroi de Krosigk, général-major et commandeur en chef du régiment de cuirassiers no 5, resta parmi les morts sur le champ de bataille.