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44. L'ÉLECTRICE DOUAIRIÈRE ANTONIE DE SAXE AU BARON DE PÖLLNITZ.

Pillnitz, 27 août 1770.

Vous avez accusé très-juste, mon cher baron, en accusant le Roi que c'est le plaisir seul de revoir S. M. qui me ramènera dans le Brandebourg, et que, pour être d'autant moins distraite dans les conversations lumineuses de ce monarque, je préférerais sans doute le séjour de Potsdam ou de Sans-Souci à celui de Berlin. Cette réponse est d'un vieux routier qui sait lire dans les cœurs. Oui, mon cher baron, je serai charmée de faire ma cour au Roi à Potsdam, tant que le loisir qu'il voudra me sacrifier aux dépens de ses peuples le lui permettra. Mais être si près de Berlin sans m'acquitter du devoir de la reconnaissance envers la Reine et la famille royale, et surtout de ceux de l'amitié la mieux cimentée pour madame la princesse Amélie, qui, après le Roi, est la personne du monde à qui je suis le plus attachée, aucun prétexte ne me paraît assez fort pour m'en dispenser. Je sens bien que le temps est précieux au Roi; aussi serais-je fâchée qu'il se gênât le moins du monde. Mais je crois que, en repassant par Berlin lorsque j'aurai quitté S. M. pour retourner tristement chez moi, après avoir joui des plus beaux jours de ma vie, le tout s'arrangerait de façon que chacun y trouvera son compte. Je vous prie, mon cher baron, de m'en dire votre sentiment avant le retour de S. M., qui probablement ne sera pas de sitôt. Je compte de me jeter à ses pieds le 26 du mois prochain, en conséquence de la permission qu'il m'en a accordée. Comptez toujours sur ma sincère estime, étant invariablement, etc.