643. AU MARÉCHAL DE FRANCE COMTE DE BELLE-ISLE A PRAGUE.

Berlin, 23 décembre 1741.

Monsieur. J'ai vu, par la lettre que vous me faites le plaisir de m'écrire, les dispositions par lesquelles vous espérez de déloger M. de Neipperg de Budweis. Je ne doute point que le projet ne réussisse en perfection; mais je crois que cette opération-là et toutes certes affaires iraient à merveille, si vous restiez à la tête de l'armée française; car je ne saurais vous dissimuler que la différence que je fais entre vous et le maréchal de Broglie, est totale. Il est à présumer que votre présence peut apporter un poids très considérable dans l'affaire de l'élection, qui cependant paraît approcher de jour en jour du moment de sa maturité, pourvu néanmoins qu'on vous rende à votre poste vers l'entrée de la campagne, sans quoi l'on peut craindre avec raison que la Sazawa ne fasse le second tome de la Secchia.441-2

M. de Schwerin doit être à présent maître de Troppau, et, selon les ordres que je lui ai donnés, il doit avancer jusqu'à Sternberg et <442>même jusqu'à Olmütz, selon que l'opération lui paraîtra possible et que le temps voudra le favoriser. Mandez-moi donc, je vous prie, où vous croyez que l'on pourra ouvrir la campagne, l'année prochaine, car le temps presse pour que je fasse mes magasins. Je me chargerai volontiers de l'expédition de Moravie, et, si de ce côte-là j'avance, le printemps qui vient, sur le flanc de Neipperg, tandis que vos troupes lui viendront en front, il n'est pas douteux que nous les obligerons à la paix. Dans le cas de cette disposition, il me faut faire mes magasins à Sternberg, Troppau, et, si je puis, à Olmütz.

Je fais mille vœux pour, votre reconvalescence, et vous souhaite de tout mon cœur pour la nouvelle année beaucoup de santé, car pour la gloire, vous en avez suffisamment, et le surcroît ne saurait guère l'augmenter. Je serai bien flatté du plaisir de vous voir à Berlin, mais je vous verrai encore plus volontiers devant Vienne; c'est où j'espère de vous embrasser, la campagne prochaine, vous priant de me croire avec toute l'estime et la considération possibles etc.

Federic.

Nach Abschrift der Cabinetskanzlei.



441-2 Eine Anspielung auf den Ueberfall des französischen Lagers an der Secchia durch die Oesterreicher im September 1734. Vergl. Œuvres de Frédéric le Grand, 1, 167. XIV, 160 und Jobez, La France sons Louis XV, Bd. III, Paris 1866, S. 82.