<113> guerre, le cas arrivant, contre la France, ainsi qu'il faut que ces gens-là soient bien abâtardis présentement, s'ils permettent jamais tranquillement que la France exécute un dessein aussi pernicieux et dangereux à la République.

Vous ne manquerez donc pas de relever cette circonstance au possible là où vous le trouverez convenable, en représentant qu'il ne fallait pas douter que, tandis que la France croirait être de sa convenance de cajoler la République, elle ne la flattât, mais que, dès qu'elle serait parvenue à ses fins et qu'elle aurait entouré la République en la bridant par la possession de la ville de Wésel et des provinces de Gueldre et de Clèves, par où la République serait absolument séparée de toute communication avec l'Allemagne, elle ne lui parlât alors de haut ton et ne l'obligeât de s'assujettir aux lois qu'elle lui prescrirait, de sorte que, si les ministres de la République ne trouvaient pas un procédé que tel de la France pour un motif d'une guerre, ils n'en auraient jamais, mais subiraient volontairement le joug qu'on leur voudrait imposer.

Vous ferez d'ailleurs observer que, quoique cette guerre n'était pas qualifiée expressément du nom de guerre de religion, on n'aurait cependant qu'à penser sur les suites qui en arriveraient, quand une fois les deux puissances, l'Autriche et la France, seraient parvenues à abaisser les deux premières puissances en Allemagne, qui jusqu'à présent étaient les principaux appuis et soutiens des Protestants en Allemagne,1 ainsi que, quoique la présente guerre n'avait pas le nom de guerre de religion, elle ne l'était pas moins effectivement et par les suites qui en résulteraient nécessairement à cet égard.

Qu'au reste on devait songer ce que deviendrait la balance de l'Europe, qui avait été toujours l'objet le plus principal de la République, quand les cours de Vienne et de France l'auraient entièrement emporté d'une manière que rien ne serait plus de s'opposer à eux, et quand la République voudra abandonner l'Angleterre et moi, pour nous démêler du jeu contre des forces supérieures. Voici des arguments contre lesquels je crois que personne n'aura rien à dire, et dont vous devez faire tout l'usage possible, pour éveiller les gens de là-bas de leur léthargie bien dangereuse, et qui ne saura qu'à les mettre au bord du précipice, a moins qu'ils n'y songent de bonne heure et pendant le peu de moments qui leur restent encore, pour obvier au mal qui menace le salut, la dignité et la conservation de la République.

Federic.

Nach dem Concept.



1 Vergl. Bd. XI, 37; XII, 510; XIII, 54. 55.