9880. AU GÉNÉRAL DE L'INFANTERIE PRINCE FERDINAND DE BRUNSWICK.339-1

Grüssau, ter avril 1758.

Monsieur mon Cousin. Le courrier m'a bien rendu la lettre, du 25 mars que Votre Altesse lui avait confiée pour moi. Elle jugera Elle-même de toute l'étendue de ma satisfaction, et combien je prends part à la continuation de Ses heureux succès dans Ses opérations, et que, par une suite de ces succès, ma province d'Ost-Frise vient d'être délivrée de ses ennemis oppresseurs, qui, pour peu qu'ils y fussent restés encore, auraient achevé sa ruine totale.

Pour ce qui regarde votre demande à vous laisser encore six semaines au moins le prince de Holstein-Gottorp avec ce qu'il a de mes troupes,339-2 Votre Altesse sera persuadée de toute ma bonne volonté envers Elle et la cause commune, autant que cela dépend de moi et de mon inclination. Mais voudra-t-Elle prendre en considération, comme je La prie de faire, qu'en ceci il ne faudra pas qu'Elle dirige toute Son attention seulement sur les Français de ce côté-là, mais qu'Elle envisage également la situation où je suis de ce côté-ci. Je reconnais que vous avez fait beaucoup pour moi, et que votre expédition m'a considérablement soulagé; mais il faut considérer que, nonobstant cela, j'ai actuellement encore une multitude considérable de troupes ennemies de ce côté-ci vis-à-vis de moi, et que ce n'est pas un badinage de laisser un flanc ouvert aux Russes. Soyez, je vous en prie, persuadé qu'aussi longtemps que je verrai la possibilité de vous laisser là le prince de<340> Holstein avec ses troupes, je ne le retirerai pas. Mais ayez la bonté de considérer vous-même la longueur et la distance de la marche que ces troupes auront à faire, quand je me verrai obligé de les faire aller dans la Poméranie ultérieure et aux frontières de la Pologne ou même ici en Silésie. A ce qu'il me paraît, je pourrais en avoir indispensablement besoin dans le courant du mois de mai.

Au surplus, je ne suis nullement plus embarrassé sur ce qui vous reste à faire d'opérations dans la mauvaise situation où se trouvent les Français. 11 faut absolument qu'ils s'enfuient au delà du Rhin. Mais quand vous les y aurez rejetés, je veux bien vous aviser que vous disposiez avec bien de la précaution la chaîne des troupes sous vos ordres. Car ne pouvant naturellement pas présumer que les Français voudraient aussi abandonner Wésel, mais qu'il faut croire plutôt qu'ils tâcheront de maintenir cette place, il importera que vous usiez de précautions, pour ne pas en être insulté, ni n'en pas essuyer quelque affront par des surprises. C'est pourquoi je suis d'avis qu'en faisant votre chaîne, vous vous teniez éloigné en deçà de Wésel à la distance de 5 à 6 milles, pour ne pas être exposé à des insultes; mais si, contre toute mon attente, les Français, dans la bredouille où ils se trouvent, devaient aussi abandonner Wésel, alors, et en ce cas-là, je vous prie de le faire occuper, mais d'assembler d'abord du monde, pour en faire raser les fortifications à tel heu que vous le trouverez le plus convenable pour en faire une place ouverte, et dont l'ennemi ne pourrait plus se servir pour place de guerre.340-1

Comme aussi les électeurs de Cologne340-2 et palatin340-3 ont fait voir dans tout le cours de la présente guerre une animosité déraisonnable et très déplacée contre moi et même contre le roi d'Angleterre, en usant de tous les mauvais procédés contre nous dont ils ont été capables, et qu'ils méritent bien de sentir à l'occasion présente notre ressentiment, je vous prie bien que, dès que vous serez approché aux environs du pays de Berg et de celui de la domination de l'électeur de Cologne, d'y détacher alors mes hussards et mes dragons pour rafler ces pays-là et pour châtier un peu par là ces princes de la mauvaise conduite qu'ils ont tenue contre moi, ce que je crois que vous ne me refuserez pas.

Ce que je conseille, au surplus, à Votre Altesse de faire, quand Elle aura rejeté les Français au delà du Rhin, c'est de faire toujours répandre des bruits, quand même Elle n'en fera rien, qu'Elle était résolue de passer le Rhin tantôt d'un côté tantôt d'un autre, pour tomber encore dans les quartiers des Français et les attaquer au delà du Rhin. Vous retirerez l'avantage de ces bruits que, par ces appréhensions, vous tiendrez toujours les Français là sur la défensive,<341> au lieu que, quand ils croiront n'avoir plus rien à appréhender, ils pourront bien retourner à l'offensive. Votre Altesse pourra Se servir très utilement de mes gens de Clèves et même des Hollandais pour disséminer ces bruits et les faire passer à l'ennemi, surtout si Elle en imposait aux gens en question, de manière qu'ils fussent eux-mêmes persuadés de la réalité de pareil dessein. Je suis avec toute la considération et toute l'estime imaginables, Monsieur mon Cousin, de Votre Altesse le bon et très affectionné cousin

P. S.

Un officier français de nation, nommé du Verger, à Brunswick s'étant engagé de lever un nouveau bataillon franc pour mon service, de déserteurs français et d'autres recrues,341-1 je vous saurai un gré particulier, si vous voudrez bien l'aider de quelque nombre de déserteurs français, afin qu'il saurait d'autant plus tôt achever sa recrue et rendre complet le bataillon, que je voudrais alors faire marcher ici.

Federic.

Je ne juge pas, mon cher, de vos avantages sur l'évènement,341-2 mais je souffle du feu, pour que votre léthargique armée ne vous refroidisse point, et, comme un vieux routier, je prends la liberté de vous donner quelques avis.

Federic.

Nach der Ausfertigung im Kriegsarchiv des Königl. Grossen Generalslabs zu Berlin. Der zweite Zusatz eigenhändig.



339-1 Ueber die Berichte des Prinzen Ferdinand aus dem Monat März vergl. S. 280. Anm. 1; die Berichte des April sind sämmtlich aus Münster datirt.

339-2 Vergl. S. 260. 309. 316.

340-1 Vergl. Bd. XIV, 201. 250. 454. 552.

340-2 Vergl. Bd. XIV, 554

340-3 Vergl. Bd. XV, 144.

341-1 Vergl. S. 334. Anm. 4.

341-2 Prinz Ferdinand hatte sich beklagt, dass der König ihm trotz seiner thatsächlichen Erfolge vorgeworfen hatte, er lasse dem Feinde zu viel Zeit, um wieder zur Besinnung zu kommen. Vergl. S. 289. 296. 308. 316.