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Pour ce qui regarde mon frère, il ne saura pas s'arrêter là trop longtemps, par la raison que je dois présumer que Daun avec son armée marchera vers la Lusace, et, dans ce cas-là, mon frère sera obligé de faire tête seul contre Daun en Saxe, parceque je serai obligé, moi, de détacher contre les Russes. Si je laisse la Saxe toute dénuée de forces, les Autrichiens en profiteront d'abord pour y passer, tout droit vers mes États héréditaires.

Il est bien affligeant que le roi d'Angleterre dans une guerre aussi critique et aussi importante que la présente et dans les circonstances où il se trouve, pense encore à ménager ses fonds, ce qui est bien hors de saison. En attendant, je vois avec plaisir que, nonobstant cela, vous arriverez avec les arrangements que vous avez pris, à votre but.

Je me promets du zèle connu du général comte de Finckenstein qu'il remettra bientôt sur pied son régiment, et j'ai donné mes ordres exprès au général de Massow de lui en faciliter avec tout l'empressement possible les moyens.

Ici j'ai détaché déjà un corps de troupes vers Posen contre les Russes. Les Autrichiens n'ouvriront pas leur campagne avant la fin de ce mois ou au commencement de juin; selon ce qu'il paraît, ils veulent absolument entrer en Silésie; s'ils le feront, ils n'en retourneront pas sans bien des têtes ensanglantées.

A présent, je suis sur la fin de tous mes arrangements auprès de mon armée. Soyez persuadé, mon cher prince, que j'aurais été dans un grand embarras, si les Autrichiens avaient commencé plus tôt leur campagne.

Ici en Silésie nous avons 234 pièces de canons auprès de l'armée; je crois que cette artillerie sera suffisante de chauffer l'ennemi de la sorte qu'il se lassera à la fin des canons.1

Des autres manœuvres que nous ferons, je ne saurais vous marquer quelque chose d'avance, car, dans la situation où je me trouve, et où j'ai l'ennemi en avant et par derrière et de tous côtés, il n'y aura d'autre moyen pour moi que de tomber sur le corps à celui qui me viendra du côté le plus dangereux.

Le général Manteuffel est actuellement en marche avec son corps vers la Poméranie citérieure; je ne laisse contre les Suédois qu'un corps de 5000 hommes qui y est à présent suffisant, parceque les Suédois n'ont à présent que 7000 hommes là.

Au reste, on peut aisément voir d'avance que cette campagne sera bien difficile pour nous; malgré cela il faut espérer que la fortune nous secondera par-ci par-là pour gagner le dessus. Grâces au Ciel que, jusques à présent, nous sommes ici à empêcher que l'ennemi ne saura agir partout en même temps, et dès que nous pourrons les expédier l'un après l'autre, il sera possible que nous saurons parvenir heureuse-



1 Vergl. S. 181. 203.