12366. AU FELD-MARÉCHAL PRINCE FERDINAND DE BRUNSWICK..583-2

Au quartier général de Dittmannsdorf,583-3 18septembre583-4 1760.

Les chemins depuis Glogau à mon armée ayant été rendus mal assurés par les partis de hussards autrichiens et cosaques qui y ont rôdé, ont empêché que je n'ai pu avoir plus tôt la satisfaction de recevoir la lettre de Votre Altesse du 28 d'août.

Je connais trop la bonté de votre cœur et votre attachement sincère pour tout ce qui me regarde, pour douter un moment que vous n'ayez pris toute la part possible à l'avantage que j'ai remporté sur l'ennemi près de Liegnitz.583-5 Cet avantage a été bon, mais il s'en faut bien encore qu'il ait été tout-à-fait décisif; il reste encore vis-à-vis de moi Daun avec ses forces et celles de ses autres collègues, et si Laudon a été bien battu par nous, et que j'ai eu occasion de frapper de bons coups deux fois sur le général Beck,583-6 cela n'a opéré jusqu'à présent que de rendre Daun plus précautionné, pour occuper toujours dans les montagnes des postes absolument inattaquables, et, quoique j'aie fait ce qui a été raisonnablement possible, pour l'engager à quelque affaire décisive et que je l'aie tourné de différentes façons, malgré cela, il m'a été jusqu'à présent impossible de l'y attirer. Je ne suis, cependant, pas sans toute espérance encore de l'y mener ou de l'obliger au moins de quitter entièrement la Silésie pour rentrer en Bohême. C'est à cette<584> fin- que, voyant que je ne saurais réussir dans ce but, dans la position où j'étais près de Reichenau et de Giessmannsdorf,584-1 je me suis avisé de le tourner de ce côté-ci. Nous sommes descendus par Hohenfriedberg dans la plaine, nous avons gagné les hauteurs de Hohengiersberg,584-2 où 2 de mes bataillons, les seuls qui y fussent arrivés les premiers, furent attaqués par 8 bataillons autrichiens grenadiers, où les nôtres se sont si bien distingués qu'ils ont chassé l'ennemi, sur lequel ils ont pris 16 canons, 3 officiers et au delà de 200 prisonniers, presque à la barbe de Daun, qui voulait y accourir, mais qui trouva la besogne faite et se retira. Ainsi nous sommes heureusement sur les hauteurs entre Reussendorf584-3 et Seitendorf,584-4 en faisant notre marche le long de la plaine.

Les carabiniers des Autrichiens avec le corps de leurs grenadiers à cheval et des dragons, en tout 20 escadrons, ont attaqué notre infanterie en marche et ont donné surtout sur le régiment d'Anhalt; mais ils furent repoussés avec perte de 3 à 400 hommes et une soixantaine de prisonniers sur eux. Le général qui les commandait,584-5 est tué.

Voilà de petits avantages, mais rien de décisif encore; au moins notre situation vaut mieux pour les subsistances. Nous couvrons Schweidnitz, avons rouvert la communication avec Breslau et en partie avec Glogau, et l'ennemi a entièrement abandonné la plaine; mais tout cela, dans le fond, ce n'est que bagatelle.

Votre Altesse me parle de Son embarras, n'ayant que 3 bataillons contre 5 et 1 escadron contre 2 : qu'Elle juge de toute l'étendue du mien, n'ayant ici qu'un homme contre trois I J'ai 80000 Autrichiens en front et 60 000 Russes à dos, 40000 contre le général Hülsen et environ 15 à 16 000 Suédois contre le général-major Jeune-Stutterheim, outre 4 à 5000 Russiens qui font le siège de Colberg, de sorte que je ne sais souvent où donner de la tête; car, en détachant d'ici, pour accourir où il serait bien nécessaire, je m'affaiblis ici de façon que je ne saurais résister à rien et risque à être battu partout en détail. Je tenterai, cependant, jusqu'à l'impossible, pour frapper mon grand coup ici, afin de pouvoir courir alors aux autres endroits, où le plus pressant sera. Je ne suis, cependant, pas le maître des évènements, qui ne sont pas en mes mains.

Je souhaite mille bonheurs à vos entreprises; ce serait un grand coup de parti, si Votre Altesse pouvait tomber sur le corps du prince Xavier, pour le bien battre. Je suis très persuadé, par le grand zèle que je vous connais pour le bien de notre cause commune, que, dès que votre situation vous le permettra, vous n'aurez rien de plus pressé que de faire secourir mon général de Hülsen, qui se trouve actuellement bien embarrassé par le grand nombre d'ennemis qu'il a sur les bras,<585> et de faire chasser surtout le duc de Württemberg,585-1 qui agit si indignement et contre ses propres intérêts par une vanité la plus extravagante.

Je finis en vous avertissant seulement, supposé que vous ne le soyez pas encore, que, selon mes lettres de Hollande,585-2 quoique le comte d'Affry y affectât de faire accroire que le maréchal de Broglie livrerait incessamment une bataille décisive, on avait, cependant, des avis secrets que la cour de France, voyant par vos manœuvres habiles que Broglie ne ferait apparemment pas de grands progrès, lui aurait ordonné de songer de bonne heure aux quartiers, et que, dès à présent, elle faisait déjà faire de grands magasins pour cet effet sur le Main et sur le Haut-Rhin, et que l'armée française avait des ordres provisionnels d'entrei dans les quartiers d'hiver vers la fin du mois d'octobre.

Federic.

Nach der Ausfertigung im Kriegsarchiv des Königl. Grossen Generalstabs zu Berlin.



583-2 Die nocli vorliegenden Berichte des Prinzen Ferdinand im Monat September, vom 26. und 29., sind aus Ovelgünne (d. i. Uebelgönne, ostnordöst], von Warburg, links an der Diemel) datirt.

583-3 Oestl. vor. Waldenburg.

583-4 Vom 18. September ein Schreiben an d'Argens in den Œuvres, Bd. 19, S. 193.

583-5 Auf einem Schreiben an den Prinzen Ferdinand von Preussen, d. d. Dittmannsdorf 1S. September, findet sich der eigenhändige Zusatz: „Je vous remercie, mon cher frère, de la part que vous prenez à la journée du 15; il nous faudrait encre une journée de Leuthen, et alors nos affaires pourraient se redresser; mais ce n'est que Laudon qui a souffert, Daun est encore en entier.“ [Berlin. Hausarchiv.]

583-6 Vergl. Nr. 12343 und Nr. 12355.

584-1 Vergl. S. 577.

584-2 So, statt Hohengiersdorf (südwestl. von Schweidnitz).

584-3 Ostsüdöstl. von Waldenburg. (In der Vorlage: „Riesendorf“ .)

584-4 Nordnordöstl. von Waldenburg.

584-5 General Graf d'Ayasasa; derselbe war jedoch nicht, wie es oben heisst, gefallen. Vergl. S. 588.

585-1 Vergl. S. 551.

585-2 Bericht Hellens, d. d. Haag 23. August.